
Sept associations et collectifs féministes et LGBTI+ ont signé une lettre ouverte demandant l’annulation pure et simple de ces deux dates, dénonçant ce qu’elles qualifient de "tournée de la honte".
Le débat ne date pas d’hier. Dès le mois de mai, le maire de Nancy, Mathieu Klein, avait déclaré le chanteur indésirable dans sa ville et demandé l’annulation du concert prévu au Zénith. À Amnéville, en revanche, le maire Grégoire Laloux estimait que "la présomption d’innocence ne doit pas être à géométrie variable", refusant de s’opposer à la venue de l’artiste.
Les associations signataires — Je suis féministe ! Nancy, le Planning Familial 54 et 57, Équinoxe centre LGBTI+, le Collectif Féministe La Grenade, La Zouzerie et Force Féministe Metz — jugent cet argument insuffisant. Elles rappellent que Patrick Bruel est visé par une trentaine de témoignages concordants et par plusieurs procédures judiciaires, dont au moins huit plaintes formelles pour viols ou agressions sexuelles. "Le nombre de témoignages concordants et l’ouverture d’instructions judiciaires ne peuvent être ignorés au nom du simple divertissement commercial", écrivent-elles.
Les collectifs affirment refuser "d’exposer les victimes, le public et les équipes de la culture à cette tournée" et s’interrogent : "Comment la justice peut-elle instruire sereinement ces affaires alors que l’artiste bénéficie simultanément d’une tribune promotionnelle hors norme ?"
Selon les associations, 23 concerts de la tournée auraient déjà été annulés dans plusieurs pays francophones. Elles appellent désormais la Métropole du Grand Nancy, la Ville de Nancy, la commune d’Amnéville, les exploitants du Zénith et du Galaxie, ainsi que les collectivités de Moselle et la Région Grand Est, à prendre leurs responsabilités.
"Nous refusons que la Lorraine devienne une terre d’accueil complaisante pour cette tournée de la honte", concluent-elles.
"Il n'appartient pas aux maires d'annuler un concert", a déclaré jeudi le maire d'Orléans, alors que deux dates de Patrick Bruel, mis en examen dans plusieurs dossiers de violences sexuelles, sont programmées dans sa ville en octobre.
"Nous n'ignorons pas les femmes qui se sont portées en justice contre M. Patrick Bruel", a assuré le maire d'Orléans Serge Grouard (DVD) dans un communiqué. Mais, la justice "n'a en aucun cas interdit à M. Bruel de se produire. Et l'on demanderait aux maires de se substituer à la justice en interdisant ce qu'elle-même n'a pas interdit", a-t-il expliqué.
"Pour les deux concerts d'Orléans", prévus les 9 et 10 octobre, 9.200 places ont été vendues. "Il revient à chacun, en toute liberté, de savoir s'il souhaite ou non y participer. Pour ma part, je n'y participerai pas", a-t-il ajouté.
Patrick Bruel, qui clame son innocence, a annulé fin mai tous ses concerts jusqu'en septembre après une multiplication de témoignages et plaintes le mettant en cause. Mais à partir du 2 octobre, il est censé repartir en tournée pour 35 dates jusqu'au 21 novembre, pour célébrer les 35 ans de son album "Alors regarde".
Il est actuellement mis en examen dans quatre dossiers de violences sexuelles et a été placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres.