À la frontière du LuxembourgGens du voyage : "On est expulsés, mais d'autres viendront"

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"On était bien ici, on ne pouvait pas trouver mieux" réagit, dépité, un membre de la communauté des gens du voyage. Ce mardi matin, un important dispositif de police est venu expulser - dans le calme - les caravanes installées sur un emplacement privé, entre Villerupt et Audun-le-Tiche.
L'une des dernières caravanes quittant l'emplacement occupé illégalement, ce mardi matin.
L'une des dernières caravanes quittant l'emplacement occupé illégalement, ce mardi matin.
© RTL

Il y a encore quelques jours, des dizaines de caravanes se trouvaient là. Ce mardi matin, elles ont toutes plié bagage, contraintes et forcées : "On a été prévenus de l'expulsion", explique un homme, l'un des derniers à quitter cet emplacement jouxtant le rond-point de la D326. À proximité, on aperçoit la nouvelle salle de spectacle de Villerupt, l'Arche, et des immeubles d'habitations fraîchement bâtis.

Malgré l'imposant dispositif policier déployé ce 16 juin, l'évacuation s'est faite dans le calme. "On voulait rester jusqu'à la fin du mois, car l'emplacement est super. On était bien ici, on ne pouvait pas trouver mieux, on est sur les pavés, on est en centre ville. Maintenant, voilà, il y a les forces de l'ordre... On fait ce qu'ils nous disent, on respecte, je n'ai rien à redire sur ça, mais c'est dommage. Maintenant, on va où ? Il n'y a pas d'emplacements ailleurs" poursuit cet homme.

Malgré le départ imminent, il prend néanmoins le temps de nous parler : "Personnellement, ça fait deux mois qu'on était là. Les années précédentes aussi on était venu ici. Mais ici, il n'y a pas de place pour les gens du voyage. On se met sur les emplacements, et on se fait expulser. On ne va pas faire de procédure, on va partir, mais voilà, les enfants sont scolarisés, et il va falloir encore chercher ailleurs" déplore-t-il.

Nous échangeons brièvement avec un jeune garçon scolarisé à Villerupt : "Oui, j'étais bien ici. J'allais à l'école là-bas. Je ne sais pas où je vais aller maintenant" nous explique-t-il avant de rejoindre ses parents.

Nous revenons vers l'homme qui a accepté de nous parler. Il est en train de saluer les policiers : "Messieurs, mesdames, bonne journée à vous". "Bonne journée" répondent tout aussi cordialement les forces de l'ordre. L'homme ajoute tout de même, en s'adressant à un policier : "Je vous respecte monsieur. Moi, je suis dans le bâtiment. J'ai rendez-vous demain à Longwy pour un chantier sur un toit. Il y a des gens du voyage qui font des bêtises, mais il faut pas mettre tout le monde dans le même panier." Et de prévenir : "Votre poids lourd, il va remettre les pierres? Ils [NDLR : d'autres gens du voyage] ont les camions pour les enlever, les pierres, vous savez? Je vous respecte, vous voyez, on est expulsés, on part. Mais je vous dis, il y en a d'autres qui viendront."

"Ils ont été propres, ils ont ramassé leurs affaires, ils ont nettoyé"

Nous discutons ensuite avec un commissaire de justice. "Je suis chargé de procéder à l'expulsion. L'ordonnance avait été rendue en avril, cela leur a été notifié. Pourtant, ils ne sont pas partis, donc j'ai requis le concours de la force publique et il a été accordé" nous explique-t-il, précisant que "tout s'est très bien passé, dans le calme".

Il rappelle qu'il ne s'agit pas d'une aire d'accueil : "C'est un emplacement privé. Cela appartient à l'établissement public Esch-Belval, et il y a des projets immobiliers prévus ici. Donc les gens du voyage occupaient cet emplacement de manière illégale. La justice a fait son travail, les forces de l'ordre ont été mobilisées, une dépanneuse a été déployée au cas où, et ils sont partis."

Un représentant des forces de l'ordre abonde : "On intervient dans le cadre légal. Il y avait une procédure judiciaire ici, l'huissier a fait les constatations et la police est intervenue. Maintenant c'est au propriétaire de cet emplacement de sécuriser les lieux pour qu'il n'y ait plus d'implantation". Un autre policier fait la grimace : "je n'y crois pas. De nouvelles caravanes vont s'installer. On va mettre des blocs mais bon, ils peuvent très bien les déplacer et revenir."

Les policiers ne rapportent pas de dégradations particulières : "non, ils ont été propres, ils ont ramassé leurs affaires, ils ont nettoyé. On n'a pas de souci particuliers avec les gens du voyage. Ici, il y a toujours eu des va-et-vient, parfois c'était rempli, parfois presque vide. Ils bougent de point en point, voilà" témoigne l'un d'eux.

"Les gens avaient du mal à se garer"

Nous avons contacté Véronique Guillotin, élue maire de Villerupt en mars dernier. Elle se réjouit que l'évacuation se soit faite dans le calme, et confirme qu"on n'a pas constaté de grosses nuisances avec eux. C'était propre, j'y passais régulièrement."

L'Arche, à Villerupt.
© Capture d'écran / Google Street View

Mais elle explique que cette occupation illégale suscitait des tensions : "Il y avait un impact à la fois sur les terrains communaux, et sur un emplacement privé. Du côté de Villerupt, cela va libérer l'accès aux activités de l'Arche, car quand on avait des évènements, les gens avaient du mal à se garer, à cause de l'occupation du parking" de la salle de spectacle.

Et puis "j'ai eu des discussions avec des habitants des nouvelles résidences, des propriétaires et locataires", qui s'inquiétaient de la présence permanente de gens du voyage juste à côté de leur logement. Ces nouveaux immeubles "ont été livrés en avril et juin, et c'était un vrai problème" pour ces habitants, rapporte-t-elle.

Reste la question de l'accueil des gens du voyage dans le secteur. Véronique Guillotin rappelle que "Villerupt ne porte pas cette compétence, c'est désormais une compétence communautaire, c'est du ressort de la CCPHVA*, qui doit travailler d'ailleurs sur ce sujet, car aujourd'hui on n'a pas d'aire d'accueil fixe."

En France, depuis 2000, les communes de plus de 5000 habitants doivent mettre en place une aire d'accueil à la disposition des gens du voyage. Une disposition qui n'est pas toujours respectée. Plus de 1.300 aires de gens du voyage sont recensées chaque année, et parmi elles, près de 500 installations sont jugées illégales. En février dernier, le Sénat a adopté un texte renforçant la répression contre les installations illicites des gens du voyage. Selon un rapport, quelque 569 installations illégales ont été recensées en 2024, donnant lieu à 149 condamnations pour occupation en réunion sans titre et 59 amendes forfaitaires délictuelles. Des chiffres avancés par de nombreux sénateurs pour justifier l'inefficacité du cadre en place, dans un contexte de sédentarisation des gens du voyage.

*Communauté de communes du Pays-Haut Val d'Alzette.

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