Bureaucratie, stress et pénurie de personnelConsensus à la Chambre sur les problèmes dans l'enseignement fondamental

Marc Hoscheid
adapté pour RTL Infos
Le ministre de l'Education nationale, Claude Meisch, ne conteste pas non plus les problèmes relevés par les députés dans l'enseignement fondamental, mais personne ne fournit de solutions miracles.
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Comment améliorer les conditions de travail des enseignants du fondamental afin de mieux lutter contre les inégalités scolaires ? Tel était le thème de l'interpellation déposée par la sensibilité politique déi Lénk, qui a été débattue à la Chambre mercredi matin. Tous les partis conviennent qu'il y a une marge de progression.

Les privilèges des enseignants : des préjugés largement répandus, qui ne correspondent pas à la réalité

Les enseignants ont un très bon salaire, beaucoup de congés et enseignent quasiment le même programme chaque année : ce sont là des préjugés largement répandus, mais qui ne correspondent pas à la réalité, selon David Wagner, élu déi Lénk. Le personnel enseignant assume de grandes responsabilités et le stress ne cesse d’augmenter, notamment en raison de l’inclusion d’enfants à besoins spécifiques.

C’est pourquoi soit les enseignants doivent disposer de plus de temps et bénéficier d’une formation adéquate, soit ils doivent recevoir davantage de soutien de la part de personnels spécialisés. Avec son nouveau plan d’inclusion, il est clair que le ministère a choisi la voie du soutien supplémentaire. Nous saluons cette approche, car lorsque les enseignants travaillent avec des professionnels formés, leurs propres connaissances concernant les enfants à besoins spécifiques s’enrichissent.

Les tâches administratives du personnel enseignant devraient être repensées et allégées grâce à un secrétariat. Une simple numérisation des procédures ne constitue pas, à elle seule, la solution.

Professionnaliser la présidence scolaire, qui "connaît les réalités du terrain" ?

Ricardo Marques, député CSV, a fait valoir que le Luxembourg compte 165 écoles fondamentales, toutes très différentes les unes des autres, tout comme les problèmes auxquels elles sont confrontées. C’est pourquoi une solution uniforme n’est pas possible. Il a plaidé en priorité pour une nouvelle organisation de la direction des écoles. Introduire simplement une direction par école serait toutefois trop simpliste. Il existerait de meilleures alternatives.

Pourquoi ne pas professionnaliser la présidence scolaire ? Le président de l’école est déjà aujourd’hui une figure bien ancrée dans le système. Il ou elle connaît l’équipe, connaît la réalité scolaire, connaît les relations avec les parents, la commune et les partenaires autour de l’école. Le président de l’école est accepté par la communauté scolaire et bénéficie de sa confiance. Oui, le président de l’école connaît les réalités du terrain.

De nombreuses situations ne doivent pas être réglées tout en haut de la hiérarchie. Dans cet esprit, le service psychosocial devrait également être rapproché du terrain et intégré aux directions régionales. De son côté, Barbara Agostino, élue DP, s’est prononcée en faveur d’un renforcement de la collaboration entre l’école et les familles.

L'impossibilité d'un accompagnement individuel permanent

Une école n’est ni un hôpital ni un service psychiatrique, a déclaré la députée socialiste Francine Closener, soulignant par là qu’un accompagnement individuel permanent n’est pas possible. Il n’en demeure pas moins qu’il est important d’augmenter les contingents d’enseignants. Des mesures doivent également être prises en ce qui concerne les chargés.

Ils peuvent passer pendant des années d’un CDD à l’autre sans jamais se voir proposer un CDI, indépendamment de leur engagement ou de la qualité de leur travail. Cela n’existe nulle part dans le secteur privé, seul l’enseignement le permet. Monsieur le Ministre, ne souhaitez‑vous pas agir à ce sujet ? Car sans chargés, et vous le savez, toutes les écoles pourraient mettre la clé sous la porte."

L'alphabétisation en français "ne rendra pas la tâche plus facile pour le personnel enseignant"

Fred Keup, député ADR, a estimé que les treize années passées par Claude Meisch à la tête du ministère de l'Education constituaient un échec. Une multitude de nouveaux organes et de réformes ont conduit à une perte de vue d’ensemble, selon lui. Il a en particulier vivement critiqué l’alphabétisation en français :

Avec tous les problèmes que nous avons évoqués ici aujourd’hui, et que vous avez vous‑même déjà mentionnés auparavant, nous en arrivons maintenant à des situations où des élèves se retrouvent dans une même classe les uns à apprendre à lire et à écrire en allemand, les autres en français. Et où l’on doit en plus enseigner différentes matières simultanément dans deux langues au sein d’une seule classe. Cela ne rendra certainement pas la tâche plus facile pour le personnel enseignant.” 

Meris Šehović, élu des Verts, a reproché à Fred Keup de dresser un tableau trop sombre. S’il existe certes des défis, on peut néanmoins être fier de l’école luxembourgeoise. De son côté, le député des Pirates Sven Clement a critiqué le fait que la réussite scolaire dépende fortement de l’origine sociale des parents.

L'école, reflet de la société

Le ministre de l’Éducation Claude Meisch a souligné que l’école est le reflet de la société. C'est ainsi qu'on y retrouve de nombreux problèmes et défis présents ailleurs dans le pays. Il ne faut dès lors pas s’accrocher au système scolaire d’autrefois, mais l’adapter au contexte actuel. Certes, davantage d’enseignants sont nécessaires, mais on ne peut pas embaucher n’importe qui ; les nouvelles recrues doivent être affectées de manière ciblée, par exemple dans des écoles comptant particulièrement beaucoup d’enfants issus de familles socialement défavorisées. Une réduction de la charge administrative serait la bienvenue, mais elle reste difficile à mettre en œuvre. 

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