LuxembourgFred Keup dénonce "une certaine crainte à employer des mots clairs pour désigner certains problèmes"

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
Selon le dernier sondage Sonndesfro, l’ADR atteindrait 12,8 % des intentions de vote et obtiendrait huit sièges. Le président de son groupe parlementaire, Fred Keup, était l'invité de la rédaction de RTL lundi matin.
© Annick Goerens

Pour Fred Keup, ce bon résultat s’explique notamment par le fait que son parti aborde des thèmes que les autres formations politiques traitent moins. "Nous avons le courage d'aborder de nombreux sujets qui préoccupent les citoyens, ce que les autres partis font peut-être moins", affirme-t-il.
Le député estime également que le travail mené par le groupe parlementaire à la Chambre contribue à cette progression. Selon lui, l’équipe est relativement nouvelle, fraîche et dynamique. Lui-même, avec six années d’expérience parlementaire, en est aujourd’hui le membre le plus ancien.
Fred Keup s’est réjoui de ce résultat, tout en rappelant que ce sont les élections, et non les enquêtes d’opinion, qui comptent au final. Il dit néanmoins percevoir une tendance positive pour l’ADR, qui progresse d'élection en élection.

Le député ne voit pas de lien direct entre le succès de l’AfD en Allemagne et la progression de l’ADR. À ses yeux, une évolution comparable est observable dans plusieurs pays européens : les partis de gouvernement établis n'arrivent plus à apporter des réponses satisfaisantes à certains problèmes, ce qui renforce les formations d’opposition. À ce titre, il cite non seulement l’AfD, mais aussi le parti de gauche allemand Die Linke.

Hausse de la criminalité ? Pas de statistiques détaillées, mais des retours du terrain

Les déclarations du député ADR Tom Weidig lors de la rentrée parlementaire étaient également au cœur de l’entretien. Concernant la hausse de la criminalité, celui-ci a affirmé : "Ce sont des étrangers qui n’exercent pas un travail convenable, qui se trouvent illégalement dans le pays ou qui sont engagés dans une procédure d’asile sans avoir de chance d’obtenir l’asile." Interrogé sur l’absence de base statistique permettant d’étayer une telle affirmation, Fred Keup a expliqué que ces propos reposaient sur des retours émanant de personnes actives dans les milieux de la sécurité. Selon lui, ces sources indiquent à l'ADR que la situation au Luxembourg est comparable à celle observée dans d’autres pays.

Fred Keup a par ailleurs critiqué le fait que des statistiques détaillées sur ce sujet ne soient pas disponibles au Luxembourg. D’après lui, ces données ont été supprimées en 2017 sous le gouvernement DP-LSAP-déi Gréng. Il reproche également à l’actuelle coalition CSV-DP de ne pas les avoir réintroduites. "Nous ne disposons certes pas de statistiques ici, mais croyez-nous : elles sont les mêmes qu’à l’étranger".

Que devrait entreprendre le gouvernement ?

Fred Keup a rejeté l’accusation selon laquelle les déclarations de Tom Weidig susciteraient une suspicion générale à l'égard des demandeurs d'asile. Selon lui, il ne s’agit pas de tous les demandeurs d’asile, mais de personnes qui se font remarquer négativement et qui, à ses yeux, ne devraient pas être autorisées à rester dans le pays. Il s’est par ailleurs félicité que Tom Weidig ait abordé cette problématique de manière claire.

Quant aux mesures que devrait prendre le gouvernement, Fred Keup plaide notamment pour le rétablissement de statistiques détaillées, l’accélération des procédures judiciaires et un renforcement du soutien aux policiers sur le terrain. L’ADR soutient également l’introduction de la procédure de comparution immédiate.

Selon lui, la mesure du Platzverweis (ordre d'éloignement) va elle aussi dans la bonne direction, même si son fonctionnement n’est pas encore optimal. Il estime en outre que les personnes qui se distinguent de manière répétée par des comportements problématiques et ne disposent pas d’un droit de séjour devraient être reconduites plus systématiquement dans leur pays d’origine. Dans ce contexte, il a également évoqué le Centre de rétention, qu’il décrit comme étant constamment plein.

Le monde politique n’ose pas nommer clairement certains problèmes

Confronté à la remarque que le gouvernement a déjà renforcé les effectifs de la police et mis en place d'autres mesures de sécurité, Fred Keup a surtout dénoncé un manque de clarté politique. "J’ai parfois le sentiment qu’il existe, dans le monde politique, une certaine crainte à employer des mots clairs pour désigner certains problèmes et, par conséquent, à y répondre de manière tout aussi claire et déterminée."

À titre d’exemple, il a évoqué le trafic de drogue dans le quartier de la Gare à Luxembourg-Ville. D’après lui, une partie des personnes concernées viendraient au Luxembourg uniquement pour y exercer des activités illégales. Une situation qu'il faut faire cesser, selon le chef de fraction de l’ADR.

Organiser les retours au niveau européen

À l’objection selon laquelle les retours forcés sont souvent difficiles à mettre en œuvre dans la pratique, notamment parce que les pays d’origine ne reprennent pas toujours leurs ressortissants et que les obligations internationales doivent être respectées, Fred Keup cite l’exemple d’une initiative européenne portée par la Première ministre danoise. Celle-ci ne porte toutefois pas sur les retours, mais exprime surtout une critique plus ferme de la politique migratoire actuelle.

Le chef de fraction de l’ADR reproche au Premier ministre Luc Frieden de ne pas avoir soutenu cette initiative. À ses yeux, cela montre que d’autres chefs de gouvernement européens sont prêts à agir, tandis que le Luxembourg ne s’engage pas suffisamment sur cette question.

Selon Fred Keup, une coopération à l’échelle européenne est précisément indispensable pour l’organisation des retours. Il estime toutefois qu’une condition préalable reste essentielle : les responsables politiques doivent d’abord nommer clairement les problèmes.

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