
Le premier pouvoir fonctionne selon de nouvelles règles, qui vont encore être développées, et doit se préparer aux cyberattaques ainsi qu’à d’autres menaces.
La modernisation du règlement de la Chambre a déjà porté ses fruits : il n’y a eu que deux séances plénières publiques de plus que l’année précédente, mais 40 projets de loi supplémentaires ont été adoptés, soit 155 au total. Le président de la Chambre, Claude Wiseler : "Cela signifie que nous avons pu voter davantage de projets avec pratiquement le même nombre de séances publiques. Cela s’explique aussi par le fait que les temps de parole ont été considérablement raccourcis par rapport à ce qui était le cas avant."
Certains débats ont également déjà eu lieu le matin. Autrement dit, les longs débats qui se prolongeaient jusque tard dans la soirée appartiennent désormais au passé. Les présidents des groupes parlementaires doivent encore faire un débriefing sur le nouveau règlement, mais le président de la Chambre anticipe : il dresse un bilan positif et envisage de nouvelles mesures afin de rendre la Chambre encore plus dynamique et plus transparente.
Les commissions parlementaires retransmises en direct rencontrent toutefois un succès plutôt mitigé : "Ce n’est pas comme si nous faisions concurrence à RTL Télé avec notre livestream. Nous enregistrons entre 5 et 100 connexions lorsque nous avons une réunion de commission. Ce n’est pas énorme."
Mais les retransmissions sont davantage regardées en replay. Ce sont surtout les séances de la commission de l’Éducation qui sont visionnées après leur diffusion, avec une moyenne de 484 vues. Au total, les réunions publiques des commissions ont été visionnées 77.000 fois en replay.
La numérisation comporte également des risques. Rien qu’en 2026, la Chambre a été la cible de neuf attaques DDoS. Ses capacités Internet ont été fortement sollicitées, ce qui a entraîné des ralentissements. En avril, un incident plus sérieux s’est produit : un réseau informatique a été infiltré. "Assurer la sécurité de la Chambre représente déjà un travail considérable. On n’est jamais totalement à l’abri. Mais je tiens à dire que notre administration y consacre énormément d’efforts et fait réellement tout son possible. Jusqu’à présent, nous avons également réussi à éviter des incidents majeurs ou des fuites."
Une institution démocratique comme un Parlement a, elle aussi, des ennemis. La question est donc la suivante : dans quelle mesure notre système politique est-il résilient si, par exemple, des autocrates arrivaient au pouvoir ?
"En ce qui concerne les mécanismes de contrôle et d’équilibre entre un gouvernement, un système judiciaire et une Chambre : si l’un d’eux venait à agir de manière abusive, comment les autres pouvoirs réagiraient-ils ?"
En 2025, la Chambre avait décidé de confier à sa cellule scientifique la réalisation d’un test de résistance. Depuis, des résultats ont été publiés.
"Comment un gouvernement qui souhaiterait réprimer l’opposition pourrait-il s’y prendre, et que peut-on faire pour l’en empêcher ?"
Une analyse similaire a été menée sur la manière dont on pourrait museler la presse au Luxembourg. Tout cela donne quelque peu l’impression que l’on remet gratuitement entre les mains de potentiels autocrates un véritable mode d’emploi.
"Je sais, cela a également fait l’objet de discussions entre nous. Mais nous sommes arrivés à la conclusion que quelqu’un qui voudrait faire cela, saurait de toute façon comment s’y prendre. Autrement dit, nous ne leur fournissons pas de 'playbook', puisqu’ils disposent déjà de leurs propres stratégies et de leurs propres plans, qu'ils peuvent également copier d’autres pays."
Et le président de la Chambre poursuit :
"J’espère que le résultat sera que nous pourrons encore mieux protéger notre démocratie, qui fonctionne bien, au cas où certaines situations se présenteraient. Et j’ajoute tout de suite : je ne vois toutefois pas cela se produire actuellement au Luxembourg."
Pas encore. La prudence reste donc de mise.
Plus de 160.000 Luxembourgeois vivent à l’étranger, soit environ 30 % des Luxembourgeois. La question se pose de savoir comment leur permettre de participer au mieux aux élections législatives. Selon Laurent Zeimet, président du groupe parlementaire CSV, la commission des Institutions se serait mise d’accord pour proposer au gouvernement d’autoriser, dans le cadre d’une phase test, le vote électronique pour les Luxembourgeois résidant à l’étranger.
Par ailleurs, le 17 octobre, la Chambre et le Palais grand-ducal ouvriront leurs portes au public, de 10h à 17h. L’entrée est gratuite et aucune inscription n’est nécessaire.