
Les résultats de l’étude PISA 2025, publiés début septembre, montrent qu'au Luxembourg, le niveau des élèves de 15 ans a encore baissé en sciences, en mathématiques, mais surtout en compréhension de l’écrit, c'est-à-dire en lecture. "Il est certain que le monde politique porte une part de responsabilité" dans les mauvais résultats de l’enquête PISA, "et sans doute aussi, en partie, le ministre, qui est en fonction depuis plus d’une douzaine d’années," a déclaré mercredi matin la députée verte Djuna Bernard sur RTL. Non sans ajouter qu'elle estime "qu’il s’agit d’un phénomène qui dépasse largement nos frontières, que, dans toute l’Europe, les chiffres ne sont pas particulièrement bons."
La dégradation des résultats PISA est donc aussi un "phénomène plus global". Ce qui est spécifique au Luxembourg, ce sont "les inégalités en matière d’éducation". Le système scolaire luxembourgeois reste l’un des plus inégalitaires au monde. "Les enfants issus de milieux financièrement plus modestes continuent de connaître plus d'échecs dans le système scolaire." Selon la députée écologiste, le ministre de l’Éducation Claude Meisch a, je cite, “quelque peu laissé tomber” ce problème.
La députée ne prétend pas que rien n’a été fait. Elle concède que "le ministre a fait beaucoup de choses et s’est montré très actif sur la question de l’égalité linguistique", notamment et l'élue verte de citer le projet Alpha, "une évolution qui va dans la bonne direction". Mais elle estime que "la question de l’égalité des chances dans l’éducation, c’est-à-dire la véritable prise en compte du facteur socio-économique des enfants (...) a été quelque peu oubliée au cours des douze dernières années".
Parmi les autres initiatives à porter au crédit de Claude Meisch, Djuna Bernard cite notamment la gratuité de l’accueil des enfants, le programme plurilinguistique ou encore les mesures d’accompagnement précoce. Dans ce contexte, il serait pertinent d’évaluer le précoce afin de déterminer quels résultats il a permis d’obtenir.
L'élue estime qu'il faut avant tout "agir au niveau de l’accompagnement et du diagnostic précoces, notamment pour détecter les déficits linguistiques chez les enfants". La détection précoce des lacunes permettrait d'"intervenir beaucoup plus tôt, tout en accompagnant également les parents dès le début," car "plus les difficultés linguistiques s’accumulent avec le temps, plus il devient difficile d’y remédier".
"Un soutien scolaire véritablement ciblé là où des lacunes sont constatées" serait également nécessaire, au-delà de l’aide aux devoirs actuellement proposée à l’école fondamentale.
Les Verts souhaiteraient aussi maintenir les jeunes plus longtemps dans un tronc commun et ne les orienter vers différentes filières que plus tard au lycée.
L’une des principales faiblesses mises en évidence par PISA concerne les compétences en lecture. On lit de moins en moins, et pas seulement les jeunes. Djuna Bernard constate d'abord que "ce problème ne concerne pas uniquement les enfants", selon elle, il s'agit d'un "phénomène global". Aujourd’hui, "nous avons tous plutôt tendance à nous informer sur TikTok, ChatGPT fait nos recherches à notre place et nous préférons tous regarder une vidéo de 30 secondes plutôt que de lire un article."
Elle souligne que le phénomène touche aussi les adultes et qu'il ne faut pas les déresponsabiliser. Ceux-ci ont toutefois connu une époque où les choses se passaient autrement. Mais les enfants suivent également l’exemple de leurs parents. La question est donc de savoir comment redonner aux jeunes le goût de la lecture. La députée verte revendique "une stratégie très, très ambitieuse en faveur de la lecture"
Il faudrait faciliter l’accès aux livres, notamment en proposant des livres gratuits. À l’école, les programmes et les ouvrages devraient être adaptés à l’âge et aux centres d’intérêt des jeunes.
Des règles plus strictes concernant les téléphones portables à l’école, avec notamment leur interdiction pendant les trois premières années du lycée, comme le prévoit désormais le ministre, sont une réaction appropriée, estime la députée d’opposition. Il manque toutefois "un véritable concept pédagogique". D’un côté, les iPad sont utilisés à l’école, qui en aurait même été "inondée". De l’autre, les téléphones portables y sont interdits. Une distinction qui ne serait pas toujours très compréhensible. Djuna Bernard estime qu'en ce qu'en ce qui concerne les tablettes, "il faut vraiment une approche pédagogique. Il ne s’agit pas de diaboliser toutes les technologies à l’école, mais de trouver un juste équilibre afin que leur utilisation ait du sens". Elle rappelle que des recherches ont montré "que certains processus d’apprentissage fonctionnent mieux lorsqu’on a un stylo et un bloc-notes, que l’on prend soi-même des notes (...), plutôt que d’être constamment face à un écran".
Une interdiction des réseaux sociaux jusqu’à un certain âge serait également une bonne mesure. Il serait toutefois important de limiter parallèlement les algorithmes dangereux de manière générale, car ceux-ci ne nuisent pas uniquement aux jeunes.