
Luxdefence, l’association qui fédère les entreprises actives dans le secteur de la défense au Luxembourg, a été créée il y a un an environ. Le secteur est appelé à se développer afin que les importants investissements rendus nécessaires par le relèvement des objectifs de l’OTAN ne partent pas entièrement à l’étranger. Mais selon André Wilmes, président de cette ASBL qui compte 140 membres, le secteur est confronté à toute une série de difficultés.
À commencer par le fait que les entreprises souhaitant s’implanter au Luxembourg ou lancer une nouvelle activité dans le domaine de la défense, rencontrent des obstacles pour ouvrir un compte bancaire. André Wilmes a qualifié cette situation de "catastrophique" avant même le début de l'interiew.
"C’est vrai, la défense constitue également un nouveau domaine d’activité pour le monde de la finance, les banques, les cabinets comptables et les assurances. Eux aussi ont dû, dans certains cas, revoir leurs politiques internes. Ils savent aussi qu’ils n’ont encore eu que peu affaire à des clients issus du secteur de la défense. Cela signifie que, du point de vue de leurs profils de gestion des risques et de conformité, il s’agit également d’un domaine nouveau pour eux. C'est pour cela que je peux comprendre que cela demande du temps."
Mais cette situation contrarie la concrétisation de projets envisagés.
"Cela a été, et cela reste encore, un problème majeur d’ouvrir effectivement des comptes bancaires, comme c’est aussi le cas dans d’autres secteurs, ce qui devient urgent, car après de nombreuses attentes et phases de planification, le secteur entre de plus en plus dans la phase de mise en œuvre sur le terrain et a besoin à ce stade de comptes bancaires opérationnels et d’entreprises opérationnelles."
Un groupe de travail dédié a donc été mis en place afin de travailler avec les banques sur cette problématique.
"Et sur le terrain, les choses bougent vraiment. Cela reste un gros problème aujourd’hui. C’était un problème encore bien plus important par le passé, mais avec un peu d’optimisme et de courage, ce problème sera bientôt résolu, on l'espère."
Mais le préjudice pour notre réputation est bien réel. Dans le cercle restreint des entreprises du secteur de la défense, ce genre de situation est rapidement connu à l’international :
"Le problème, c’est qu’en pratique, plusieurs faux pas vraiment terribles ont été commis sur le terrain. Non seulement certains comptes bancaires n’ont pas été ouverts, mais dans certains cas, des comptes ont même été fermés, sans réaliser que des investissements se chiffrant en millions d'euros étaient en attente et prêts à être transférés au Luxembourg. Il s'agit bien entendu de sommes considérables, de l'ordre de 100 millions d'euros, voire un peu plus, qui nous ont filé entre les doigts dans différents dossiers. Pour un marché comme le nôtre, ce sont effectivement des montants énormes."
Les messages officiels et la réalité sur le terrain sont-ils encore en phase ? André Wilmes estime que c’est quelque peu regrettable :
"Tous les autres acteurs sur le terrain, c’est-à-dire tout le reste de l’écosystème, qu’il s’agisse des entreprises présentes ici qui souhaitent nouer de nouveaux partenariats avec des clients existants ou de nouveaux clients, ou encore du Luxembourg Trade and Investment Office (LTIO), du ministère des Affaires étrangères et de toutes les agences de promotion, ils déploient d’énormes efforts pour présenter le Luxembourg sous son meilleur jour. Mais lorsqu'au moment de la mise en œuvre, on mégote autant, il y a un décalage entre les deux, et ce n’est pas une bonne chose."
À cela s’ajoute le fait que la pénurie de personnel et de locaux importune les entreprises du secteur de la défense tout autant que les autres secteurs.
"Certains en sont réduits à aménager de petits ateliers au troisième étage de leur propre immeuble de bureaux. Nous en sommes réellement arrivés là. (...) Le Hub de la Défense est évidemment très intéressant dans cette optique, pour soulager un peu, mais à lui seul, il ne résoudra pas le problème du manque de place."
L’organisation attend encore des précisions concernant le calendrier et les modalités de lancement des activités au sein du futur Hub de la Défense prévu sur le site de Liberty Steel à Dudelange.
André Wilmes souligne toutefois que d’autres facteurs plaident en faveur du Luxembourg comme lieu d’implantation. Il cite notamment le multilinguisme, les infrastructures logistiques ainsi que la bonne organisation du système d’octroi des licences d’exportation.