
Les nouvelles données analysées par les quotidiens belges Le Soir et De Tijd confirment l’ampleur du patrimoine belge logé au Luxembourg.
Près de 9.800 Belges contrôlent totalement ou partiellement 11.200 sociétés grand-ducales, ce qui fait d’eux la troisième nationalité la plus représentée dans le registre du commerce, derrière les Français et les Luxembourgeois.
Parmi eux, les 100 familles les plus riches de Belgique détiennent à elles seules 416 sociétés, pour une valeur cumulée dépassant 91 milliards d’euros. Les 50 premières familles concentrent 85,5 milliards, essentiellement sous forme de participations regroupées dans des holdings destinées à gérer un patrimoine financier. Un montant colossal, supérieur à la richesse produite par le Luxembourg en une année.
Comme l’explique l’avocat fiscaliste Denis‑Emmanuel Philippe dans Le Soir, les structures luxembourgeoises utilisées par les résidents belges servent "dans leur écrasante majorité à détenir un patrimoine financier".
Même si l’avantage du Luxembourg s’est réduit depuis la réforme belge de 2018, ces sociétés restent prisées. Une distribution de dividendes par une Soparfi (Société de Participations Financières, ndlr) à un actionnaire belge entraîne pourtant une double imposition : – 15 % de retenue à la source au Luxembourg – 30 % d’impôt en Belgique.
Le fisc belge dispose par ailleurs de nouveaux outils pour encadrer ces montages, comme la taxe Caïman ou la mesure anti‑abus de la directive mère‑fille.
L’enquête révèle qu’au moins 307 sociétés liées à ces familles n’ont ni employés ni bureaux, car elles sont domiciliées chez des gestionnaires professionnels. Plus de la moitié des familles les plus riches utilisent ces sociétés sans substance, représentant 54 milliards d’euros d’actifs.
Selon Denis‑Emmanuel Philippe, ce fonctionnement n’a rien d’illégal : une holding n’a pas besoin d’une structure opérationnelle lourde pour gérer des investissements.
En 2021, l’enquête OpenLux, menée par Le Soir et 16 autres médias, avait déjà mis en lumière l’ampleur de la présence belge au Luxembourg : 10.066 Belges étaient alors bénéficiaires économiques d’au moins une société grand-ducale. Cinq ans plus tard, ce chiffre n’a quasiment pas bougé, preuve que le Luxembourg reste un refuge patrimonial majeur.
Les nouvelles données obtenues par Le Soir et De Tijd — plus de 32.000 informations sur les Belges liés à des sociétés luxembourgeoises — confirment la stabilité de ces pratiques.
Si certaines grandes fortunes ont quitté le Grand-Duché, d’autres y restent solidement ancrées. Le pays continue d’offrir une stabilité politique et fiscale qui séduit les familles patrimoniales.
L’exemple de Marc Coucke, cité par Le Soir, illustre ce mouvement : après avoir affirmé en 2018 qu’il n’avait "rien au Luxembourg", l’entrepreneur a finalement immatriculé quatre holdings au Grand-Duché entre 2022 et 2025. Sans employés, ces sociétés brassent pourtant des centaines de millions d’euros en titres et participations.
Pour certains héritiers ou familles installées depuis longtemps, démanteler une structure luxembourgeoise pourrait entraîner une taxation lourde en Belgique. Et comme le souligne Denis‑Emmanuel Philippe, il peut être "difficile d’expliquer aux banques belges l’origine d’un patrimoine financier logé au Luxembourg depuis des dizaines d’années".