Jeff Boonen appelle le gouvernement à trancher"Une production maraîchère professionnelle n'est pas possible sans irrigation"

Claude Zeimetz
adapté pour RTL Infos
Les agriculteurs luxembourgeois viennent de "traverser une année très difficile", a déclaré mercredi matin sur RTL Jeff Boonen, député CSV du Nord et président de la Commission parlementaire de l’Agriculture.
© Claude Zeimetz

Cette situation s’explique par l’accumulation de plusieurs crises : les conditions météorologiques extrêmes de cet été, mais aussi auparavant la hausse des prix de l’énergie et des engrais en raison de la guerre en Iran. L'accumulation des crises aggrave le manque de liquidités dans les exploitations agricoles. Face à ce défi, "le plus grand défi pour les exploitations agricoles", toute aide financière publique sera la bienvenue. Selon l'élu CSV, le soutien financier annoncé en faveur des agriculteurs et décidé lors de la Tripartite en juin sous forme d'une subvention aux engrais, devrait être soumis au vote dès la première semaine de session de la Chambre en octobre, afin de pouvoir être versé encore cette année.

Les projets pilotes dans le maraîchage doivent enfin aboutir, "sinon les agriculteurs vont perdre patience"

Interrogé sur l'impact du changement climatique et la protection de l'environnement, l'élu CSV a souligné qu'"il faut faire très attention à ne pas mener une politique de protection de l’environnement ici tout en délocalisant en réalité les impacts environnementaux vers d’autres régions du monde." Jeff Boonen a également indiqué qu'"il est dans notre intérêt, à long terme, de maintenir une production de lait, de viande et, plus généralement, un élevage qui soit adapté à la superficie agricole dont nous disposons".

L'élu du Nord a plaidé pour que le monde politique se donne les moyens nécessaires afin que l’agriculture puisse se diversifier davantage à l’avenir au Luxembourg et ainsi pouvoir mieux réagir et s'adapter au changement climatique. Selon le député, il reste notamment des progrès à réaliser dans les secteurs du maraîchage et de l’arboriculture fruitière. Les projets pilotes de grands systèmes d’irrigation et de bassins de récupération des eaux de pluie, lancés dès 2022, devraient enfin être menés à leur terme. "Une production maraîchère professionnelle n’est tout simplement pas possible sans irrigation, nous devons l'accepter." La politique environnementale et la politique agricole sont depuis toujours dans un rapport de tensions, mais il faut parfois prendre des décisions, a souligné Jeff Boonen. Sinon, les agriculteurs risquent de perdre patience.

Conséquence d'un été sec : de premières exploitations abattent leur bétail plus tôt

Le président de la Commission parlementaire de l’Agriculture a confirmé mercredi matin que de premiers agriculteurs commencent déjà à réduire leur cheptel en raison des maigres moissons. "C'est une stratégie adoptée par certaines exploitations d’élevage consistant à réduire leur cheptel plus tôt que prévu. Cela peut concerner des animaux destinés à la reproduction, pour lesquels l’éleveur décide finalement de ne pas les conserver. Il peut aussi s’agir d’animaux envoyés à l’abattoir de manière anticipée". Des éleveurs décident "de se séparer d’un animal qui consomme encore de la nourriture mais qui ne produit plus beaucoup" dès maintenant. D'après la ministre de l’Agriculture, Martine Hansen, les statistiques hebdomadaires d'abattage au Luxembourg montrent une légère augmentation de l’activité au cours du mois d’août. Il est toutefois encore trop tôt pour tirer un bilan définitif de la situation, a indiqué la ministre dans sa réponse à une question parlementaire.

L’assurance contre la perte de rendement devra verser cette année environ 9 millions d’euros aux agriculteurs

Jeff Boonen estime que le système de l’assurance contre la perte de rendement, qui indemnise les agriculteurs pour les pertes de récoltes dans les cultures, par exemple pour les céréales et le maïs, est "vraiment bon". Il salue également le fait que l’État prenne en charge 65 % de la prime d’assurance. "L'avantage de l'assurance est que quelqu'un se rend vraiment sur place pour évaluer la situation et celui qui est assuré et qui a subi un préjudice, reçoit une indemnisation pour ses pertes. Nos voisins des pays limitrophes nous envient d’ailleurs, car l’État contribue de manière très importante au financement de ce dispositif", souligne Jeff Boonen. Actuellement, quelque 54.000 hectares sont assurés au Luxembourg. Ce chiffre pourrait être plus élevé, notamment pour que l’assureur dispose de davantage de moyens financiers. En effet, en raison de la sécheresse de l’été, l’ensemble des fonds disponibles sera utilisé cette année, soit près de 9 millions d’euros. C’est pourquoi il estime qu’il faut encore davantage sensibiliser les agriculteurs à ce dispositif. "L’assurance doit être financièrement viable. C’est essentiel. Cela signifie que plus il y aura de participants, plus le risque pourra être réparti entre eux." Le député du Nord ajoute : "Bien entendu, si, à long terme, comme nous le constatons, le changement climatique est réel", l’assurance ne pourra plus fonctionner si elle doit couvrir en permanence des risques de cette ampleur. Dans ce cas, "il faudra mettre en place d’autres mesures".

L’initiative "on.perfekt" doit continuer à être soutenue par l’État

Jeff Boonen juge préoccupant le fait que le ministère de l’Environnement ait résilié, fin juin et sans grande explication, la convention qui le liait depuis trois ans à l’initiative "on.perfekt", laquelle commercialise des aliments de plus petite taille ou moins parfaits sur le plan esthétique. Selon lui, il s’agit d’un mauvais signal à une époque où la lutte contre le gaspillage alimentaire et la sensibilisation des consommateurs sont pourtant présentées comme des priorités politiques. Au-delà de la commercialisation de ces produits, "on.perfekt" intervient également dans les écoles afin de mener un travail de sensibilisation et d’éducation. Une collaboratrice de la société à impact sociétal a toutefois déjà quitté l'initiative. Le député CSV a exprimé l’espoir que le dossier ne soit pas définitivement clos et que les ministères concernés (Agriculture, Environnement et Éducation) reprennent les discussions avec cette initiative implantée dans le nord du Luxembourg.

Back to Top
CIM LOGO