
“Tout navire qui tentera de traverser le détroit sera incendié”, ont déclaré les Gardiens de la Révolution iraniens. Trois navires ont déjà été touchés rien que ce week‑end. Résultat : le passage est actuellement totalement bloqué.
“Entre 20 et 25 % de la consommation mondiale de pétrole transitent par là, et il en va de même pour le GNL, le gaz naturel liquéfié. Une très grande partie de la pétrochimie est produite dans la région du Golfe et doit également être transportée via ce détroit”, explique Eric Bleyer, président du Groupement Energie Mobilité Luxembourg.
Cette situation crée de l’agitation sur les marchés mondiaux. Le baril de Brent, dont le prix a un impact direct sur notre portefeuille, a augmenté ces derniers jours, atteignant jusqu’à 84 dollars. Plus le conflit durera, plus la nervosité s’accentuera sur les marchés.
“Nous ne pouvons pas, à l’heure actuelle, parler de pénurie en matière d’approvisionnement. Nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, le marché dispose plutôt d’une surcapacité de pétrole. L’année dernière notamment, l’OPEP et les autres pays exportateurs ont mis plus de 2,5 millions de barils supplémentaires par jour sur le marché. Nous n’avons donc pas à craindre une rupture d’approvisionnement. Mais très clairement, les prix vont augmenter. Et si la situation perdure, ils risquent de continuer à grimper pendant un certain temps”, poursuit Éric Bleyer.
La situation est différente par exemple en Allemagne, où l’essence et le diesel coûtent par endroits plus de deux euros le litre. Dans le cas où le blocage du détroit d’Ormuz se prolongerait sur plusieurs semaines, le prix du gaz naturel liquéfié pourrait doubler. Un véritable poison pour l’économie.
Le directeur général de la Chambre de commerce, Carlo Thelen, explique : “Le chômage est actuellement très élevé au Luxembourg. De nombreux secteurs souffrent encore. Et cela vient s’y ajouter. Vous savez que le Luxembourg est une petite économie ouverte. Cette situation n’est donc pas bonne, car nous devons importer beaucoup d’énergie. Nous devons importer toute notre énergie. Cela risque donc de devenir un facteur supplémentaire de coûts et d’incertitude.”
Coûts de l’énergie, inflation et, spécificité luxembourgeoise, impact direct sur l’index, donc sur les salaires. Le tout à un moment où la compétitivité de nombreuses entreprises est déjà mise à mal. Un scénario, dans lequel l’indexation et une hausse du salaire minimum entraîneraient, en l’espace d’un an, une augmentation des coûts salariaux de 8 %, ne serait pas supportable.
Carlo Thelen met en garde : “Nous sommes une économie ouverte, une économie d’exportation, qui ne peut pas se permettre de voir les coûts salariaux continuer à s’envoler alors que d’autres coûts de production, comme les coûts énergétiques, augmentent déjà fortement. Il faudrait donc effectivement se réunir le plus rapidement possible avec les partenaires sociaux afin d’anticiper une telle évolution et de voir quelles solutions peuvent être trouvées.”
Lors de la crise ukrainienne de 2021‑2022, des mesures avaient été prises pour limiter l’effet des tranches indiciaires. Cette fois-ci, l’anticipation est essentielle afin d’offrir une sécurité de planification aux entreprises et aux investisseurs dans un contexte très compliqué. Une spirale inflationniste serait un poison pour l’économie luxembourgeoise, qui entretient par ailleurs des relations commerciales relativement limitées avec la région concernée.