Neutre en carbone dès 2029La ville de Turku, un exemple d'innovation

Gaël Arellano
Au nord de l'Europe, une ville de 210.000 habitants vit plusieurs révolutions à la fois. Le fruit d'investissements significatifs dans la transition énergétique, dans son industrie et son éducation. Résultat: Turku, la plus ancienne ville de Finlande, connaît une forte croissance économique et démographique et devrait atteindre la neutralité carbone dans moins de trois ans.
Une vue aérienne d'un quartier résidentiel de Turku
Une vue aérienne d’un quartier résidentiel de Turku
© Heikki Räisänen

Ce sont les innovateurs qui dirigeront le monde de demain. C’était un des messages que tenait à faire passer le prix Nobel de l’Economie, Philipe Aghion, au MIPIM 2026. Un message lourd de sens alors que le logement est en proie à une “crise internationale”, d’après les Nations Unies. Heureusement, certains n’ont pas attendu pour investir dans la transformation de leur habitat et, par extension, de leur modèle économique. La ville de Turku, en Finlande, a commencé sa transition énergétique dès les années 1990 et en récolte aujourd’hui les fruits. Ses investissements dans les énergies renouvelables, l’éducation, les transports en commun et la transformation de son industrie en ont fait une destination de choix pour les entreprises et les investisseurs, mais pas seulement.

Il fait bon vivre à Turku”, souligne Piia Elo, maire de la ville qui nous accordé une interview en marge du MIPIM à Cannes. Et les chiffres semblent lui donner raison: la “petite” ville finlandaise accueille chaque année 4.000 nouveaux résidents. Elle compte désormais quelques 210.000 habitants, dont près de 50.000 étudiants. “C’est une ville très vivante, on y fait beaucoup la fête (rires)”, commente la bourgmestre. Mais si elle attire autant, la ville de Turku le doit surtout à sa stratégie long terme. Elle a misé très tôt sur des systèmes de captation de la chaleur résiduelle et a pris le risque de repenser ses zones industrielles. Un exemple notable est son “Science Park” (centre des sciences) qui accueille aujourd’hui plus de 400 entreprises et a créé 26.000 emplois.

La maire de Turku Piaa Elo
© Suvi Elo

C’est un projet de régénération que nous menons. Nous sommes en train de transformer ce quartier en zone mixte, accueillant aussi bien des bureaux que des habitations. C’est également là où se trouvent nos campus universitaires, autant vous dire que c’est un quartier très vivant”, explique Piia Elo. 16.000 résidents ont déjà fait le choix de s’y installer. C’est dire le succès de ce grand projet. Turku abrite d’ailleurs de très grandes entreprises telles que le géant pharmaceutique Bayer et le constructeur de bateau de croisières Meyer. Et elles n’ont d’autre choix que de se plier aux réglementations énergétiques locales.

Le port de passagers de Turku
© Jarmo Piironen

Quand on lui demande comment elle a réussi à imposer la neutralité carbone à de telles entreprises, la bourgmestre est presque surprise. “Nous n’avons pas à l’imposer, pour eux, c’est un honneur de participer au projet de notre ville. C’est également une preuve de leur compétitivité et c’est sans parler du coup marketing (PR boost)”, assure-t-elle. “On travaille ensemble”, ajoute la maire de Turku. Un message que l’on a beaucoup entendu sur le pavillon luxembourgeois et au MIPIM en général. Aujourd’hui plus que jamais, les experts de l’immobilier appellent à des alliances entre pouvoirs publics et secteur privé. Cela dans le but de créer du logement abordable.

C’est d’ailleurs une des raisons principales de la présence de Piia Elo et de sa délégation à Cannes la semaine dernière. Sa ville connaît une croissance importante et cela implique de nouveaux défis. “Le logement n’est pas encore un problème mais pourrait le devenir”, admet-elle au micro RTL. “C’est pourquoi nous sommes au MIPIM. Nous devons construire plus de logements durables. Nous détenons du foncier et nous avons de la place pour grandir. Tout ce qu’il nous reste à trouver, ce sont des constructeurs et des investisseurs”, ajoute la bourgmestre.

Le "centre des sciences" ou "parc des sciences" à Turku
Le “centre des sciences” ou “parc des sciences” à Turku
© Suomen Ilmakuva Oy

La politicienne insiste sur le fait qu’il faudra continuer à construire “proprement et durablement” à Turku, berceau de la civilisation finlandaise. “Nous fêtons nos 800 ans d’histoire en 2029 et ça nous tient à cœur de fêter ça en atteignant la neutralité carbone. C’est quelque chose que nous voulons transmettre aux prochaines générations”, explique-t-elle. À savoir que la ville de Turku continue à investir dans ses transports en commun et son éducation. Des écoles, des crèches et une ligne de tram sont en cours de construction. “L’éducation est très importante. Ici nous investirons toujours dans nos enfants”, insiste-t-elle.

Et il y a fort à parier que cela contribue à faire de la Finlande le pays le plus heureux du monde (World Happiness Report) chaque année. À savoir que la ville du Turku est dirigée exclusivement par des femmes. “Je ne sais pas pourquoi mais c’est le cas, même au sein de nos universités (rires)”, commente Piia Elo. Les recherches sur la santé menées au sein du “Science Center” se focalisent d’ailleurs sur la santé des femmes. “Cela n’avait jamais été le cas auparavant, il était temps que l’on s’y intéresse de près”, conclut la maire.

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