Les cours du pétrole ont bondi ces derniers jours: le Brent, référence internationale du brut, s'est affiché à plus de 126 dollars le baril jeudi, un niveau plus atteint depuis le début de la guerre en Ukraine il y a quatre ans -avant de retomber sensiblement, témoignant d'une grande nervosité.
Avec le conflit au Moyen-Orient, une grande partie de l'offre pétrolière mondiale a disparu, et tant que le blocage du détroit d'Ormuz se poursuit, les exportations d'hydrocarbures des pays du Golfe resteront obstruées.
Les investisseurs, un temps confiant sur une solution rapide entre Américains et Iraniens, jugent "désormais qu'une réouverture du détroit en mai serait trop belle pour être vraie", explique à l'AFP Ole R. Hvalbye, analyste chez SEB.
Selon lui, cette nouvelle tendance s'explique par le manque de progrès diplomatique et un "changement de rhétorique" de Donald Trump, qui ne semble plus pressé d'obtenir un accord. Selon le média Axios, le président américain doit même être briefé jeudi sur de possibles nouvelles opérations militaires contre l'Iran.
Le marché à terme "est en train de rattraper son retard par rapport au marché physique", résume Arne Lohmann Rasmussen analyste chez Global Risk Management.
Autrement dit, le mirage d'une crise passagère s'est évaporé: les marchés ont cessé de parier sur la fin des hostilités pour s'aligner sur la réalité d'une pénurie durable.
Le marché privilégie pour l'instant le scénario d'une reprise des flux pétroliers en juin. "Et dans ce cas, les prix n'atteindront pas 150 dollars le baril", tranche Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, interrogé par l'AFP.
Mais "si le détroit d'Ormuz ne rouvre pas et que les combats reprennent, il est tout à fait possible" que le baril atteigne ce seuil, ajoute-t-il, un cap symbolique supérieur au record historique de 2008 de 147,50 dollars.
Chaque semaine de délai avant un déblocage d'Ormuz "ajoute environ 5 dollars sur le prix moyen du baril" dans les scénarios des investisseurs, relève pour sa part M. Hvalbye, pour qui le cap des 150 dollars correspondrait à une paralysie prolongée jusqu'à juillet.
Mais si le baril atteignait un tel prix, les achats de pétrole deviendraient mécaniquement moins importants, de nombreux consommateurs et entreprises n'ayant d'autre choix que de réduire brutalement leurs achats, souligne l'analyste.
Au fur et à mesure que les réserves stratégiques s'amenuisent, la demande devra s'adapter à une plus faible disponibilité des volumes d'or noir, dessinant une nouvelle réalité énergétique.
La conséquence la plus immédiate se lit à la pompe: elle frappe de plein fouet les automobilistes de nombreux pays, notamment aux Etats-Unis, où le prix du gallon est un enjeu politique majeur. Elle se voit aussi sur les factures d'énergie. Au Luxembourg, le litre de diesel est aujourd'hui vendu à plus de 1,91€ , et plus de 1,79€ pour l'essence.
Dans un deuxième temps, les prix du pétrole se diffusent dans les chaînes de production, à travers les coûts de l'énergie et du transport pour les entreprises. Une fois répercutés sur le client final, ils font monter les prix. De l'alimentation à l'habillement, l'inflation accélère.
"C'est un véritable cercle vicieux: cela finit par toucher absolument tous les secteurs de l'économie, tant le rôle (du pétrole) est central", résume auprès de l'AFP Kathleen Brooks, de XTB.
Au delà des prix, le blocage prolongé d'Ormuz accroît le risque de pénuries à la pompe et d'avions cloués au sol, en amont de la grande migration estivale aux Etats-Unis et en Europe, voire, s'il s'éternise, une crise alimentaire, en particulier dans certains pays d'Afrique.
"Une grande quantité d'engrais est produite au Moyen-Orient et ne peut pas être exportée", souligne Kathleen Brooks.