
Mardi, lors d’une conférence de presse, la Fédération des artisans a déclaré que le salaire social minimum non qualifié ne devait pas être augmenté par des décisions politiques, et que le salaire social minimum qualifié, qui est 20 % plus élevé, devait être supprimé. Le secrétaire général de la Fédération, Romain Schmit, n’a pas mâché ses mots dans une “attaque tous azimuts”.
Une prise de position évidemment très marquée et qui tranche avec les travaux européens qui sont en cours. Car une directive européenne recommande un ajustement du salaire minimum à 60 % du revenu médian ou 50 % du revenu moyen. Ce qui se traduirait par une hausse de plusieurs centaines d’euros au Luxembourg : le salaire minimum passerait de 2 .900€ et 3. 160€ (contre 2.703€ actuellement). Le ministre du Travail, Marc Spautz, s’était prononcé la semaine dernière dans Paperjam en faveur du revenu médian comme référence, tout en précisant que la question devait encore être discutée avec les partenaires sociaux et au conseil de gouvernement.
Selon la Fédération des artisans, le débat politique ignore toute une série de réalités de la vie en entreprises. A commencer par le fait que le salaire minimum a déjà augmenté de 17 % depuis 2022. Elle souligne également que le revenu médian est de 4.800 euros dans l’industrie, de 4.200 euros dans la construction et de 3.300 euros dans l’horeca. Par rapport à ces secteurs, le salaire minimum non qualifié, fixé à 2.700 euros, représente déjà 10 % de plus que les 60 % du revenu médian recommandés. Le secteur financier et la fonction publique “faussent” la réalité, estime Romain Schmit, secrétaire général de la Fédération des artisans
La Fédération des artisans a également souligné que la productivité stagne, alors que le chômage augmente. L’économie réelle est “à terre”, et les entreprises s’attendent à une nouvelle hausse des coûts de l’énergie en raison de la situation géopolitique actuelle. Selon des enquêtes, toute augmentation du salaire minimum laisserait aux entreprises trois options : augmenter les prix, embaucher moins ou réduire leurs marges. En effet, chaque hausse du salaire minimum obligerait généralement les entreprises à revaloriser aussi les autres salaires, explique Romain Schmit. “Les employés réagissent de manière assez sensible à cela”, dit‑il. Si les bas salaires augmentent et que les autres ne suivent pas, “alors vous obtenez une révolte dans l’entreprise”.
La Fédération des artisans estime que l’idée des partis d’opposition de compenser auprès des entreprises une hausse du salaire minimum montre qu’ils ont “mauvaise conscience”. Mais elle ne souhaite aucune compensation, simplement pas de hausse des salaires. Le salaire minimum est indexé et, en plus, ajusté tous les deux ans en fonction de l’évolution générale des salaires. Pour la Fédération, cela suffit. Elle est consciente que la revendication visant à supprimer le salaire minimum qualifié est “forte”, mais “nous sommes des grands garçons” : les entreprises disposent, des moyens nécessaires pour déterminer elles‑mêmes le niveau de qualification de leurs employés, notamment via des barèmes négociés avec les syndicats dans les conventions collectives.
Romain Schmit a attiré l’attention sur le fait que le droit du travail comporte des “vides juridiques”, et il n’a pas mâché ses mots : il y a longtemps, les partenaires sociaux étaient tombés d’accord que, pour des raisons de sécurité, l’alcool ou la drogue, ou, comme il l’a formulé : “être complètement bourré”, pouvaient constituer un motif de licenciement sur les chantiers. Mais en raison du “principe de faveur”, qui garantit l’application de la norme la plus avantageuse pour le salarié, cette position avait été annulée par un jugement. Romain Schmit a lancé la plaisanterie suivante : “Nous étions d’accord entre partenaires sociaux, et là, un juge arrive et dit : ‘Oh non, pour l’amour de Dieu, moi aussi je prends mon petit verre à midi. Non, non, non, nous ne pouvons pas faire ça.'”
Pour soutenir les personnes à faibles revenus, la Fédération des artisans se prononce en faveur de nouveaux crédits d’impôt. Par ailleurs, il serait possible de donner aux entreprises davantage d’incitations fiscales afin qu’elles associent leurs employés aux résultats via des primes. Le taux maximum de 5 % du résultat pour la prime participative est trop faible pour la plupart des petites entreprises, car le montant à répartir entre les travailleurs est alors trop bas. La Fédération propose également une réduction progressive en fonction du salaire ou que la prime soit réservée uniquement aux entreprises de moins de 250 salariés.
En fait, Romain Schmit n’a pas tapé sur les syndicats. A la fin de la conférence, nous lui avons demandé si toute la discussion autour du salaire minimum n’aurait pas pu être évitée s’il existait enfin suffisamment de logements abordables au Grand-Duché et surtout à Luxembourg-ville, où se trouvent 40 % des emplois mais seulement 20 % des habitants. Romain Schmit a répondu : “Pourquoi voulez-vous que je rajoute quelque chose ? Vous avez tout dit.”
Il a toutefois ajouté que les bourgmestres lui “font de la peine” lorsqu’il voit la résistance des habitants lors des discussions sur les plans d’aménagement : “Ce que vous devez endurer ! (…) Je ne comprends pas pourquoi ils [les bourgmestres] tiennent encore autant à cette autonomie communale. Je serais bien content qu’on m’enlève cette discussion!”