Grâce à leurs ancêtresPourquoi tant de Brésiliens sont devenus Luxembourgeois ?

Nathan Muller
Entre 2009 et 2025, il était possible de devenir Luxembourgeois si un aïeul de cette nationalité était en vie en 1900. Ce texte de loi, c’était l’Article 89. Et à la surprise générale, ce ne sont ni les Français, ni les Belges mais les Brésiliens qui ont réalisé le plus grand nombre de demandes sur la période, en se découvrant des origines Luxembourgeoises insoupçonnées.

Imaginez acquérir la nationalité luxembourgeoise grâce à un ancêtre né… en 1844. Aussi surprenant qu’improbable, c’est l’histoire de Willian. Ce professeur de musique a passé les 35 premières années de sa vie au Brésil, avant d’arriver en Allemagne en 2017 pour un échange dans le cadre de son doctorat. “Peu de temps après mon arrivée, mon oncle m’appelle pour me dire que nous pouvons acquérir la nationalité luxembourgeoise. J’ai été surpris, car dans ma famille nous pensions être d’origine allemande”, explique-t-il.

À ce moment, Willian est le seul de sa famille à être en Europe. Il se rend donc pour la première fois de sa vie au Luxembourg afin d’engager les démarches administratives pour obtenir la nationalité. “Au début, j’avais confondu le Luxembourg avec le Liechtenstein ! C’est seulement en regardant sur une carte que j’ai découvert que le Luxembourg était à côté de l’Allemagne, et pas de la Suisse”, rigole Willian.

Après son premier voyage au Grand-Duché, le Brésilien va avoir un coup de cœur pour le pays. Au point de chambouler tous ses plans et de venir s’y installer avec sa femme Ruth en 2021. “Lorsque j’ai découvert le Luxembourg, j’ai trouvé ça très chouette car il y avait plein d'événements et de concerts brésiliens. Aujourd’hui, on s’y sent très bien avec ma femme.”

Obrigado à l’Article 89

Le Brésilien a profité de l’Article 89 pour devenir Luxembourgeois. Entre 2009 et 2025, cette loi permettait à toute personne ayant un ancêtre luxembourgeois vivant à compter de janvier 1900 de recouvrer sa nationalité. “Mon oncle a fait des recherches, et il a regardé toute la lignée jusqu’à remonter à Anna Maria Schabo. Elle est née en 1844, 6 générations avant la mienne.

Elle a déménagé au Brésil en 1856 avec son mari allemand, et elle est décédée en 1913. Ce qui m’a permis de prétendre à la nationalité ”, explique Willian. Dans sa famille, ils ont été plus de 30 à pouvoir y prétendre également.

© RTL

Sur les 16 années où la démarche pouvait être réalisée, 41.569 individus sont devenus Luxembourgeois par ce biais. Le plus surprenant ? Ce sont les Brésiliens qui en ont le plus profité, puisque 12.976 d’entre eux ont acquis la nationalité ainsi. Les Français suivent avec 11.984 bénéficiaires du recouvrement, et ce sont les Belges qui viennent fermer le podium (11.574).

Pour les descendants d'émigrés, cela leur a permis de retrouver le lien qu’ils avaient perdu avec le Luxembourg au fil des générations. Les demandes de Brésiliens ont explosé suite à la pandémie de Covid-19 en 2020. Lors des trois premiers mois de 2023 par exemple, 5.648 Brésiliens sont devenus Luxembourgeois de cette manière.

Un petit Luxembourg au Brésil

Pour comprendre comment autant de Brésiliens ont pu obtenir la nationalité luxembourgeoise par recouvrement, il faut remonter plus de 200 ans en arrière. En 1822, le Brésil devient indépendant. En manque de main-d'œuvre, il cherche à tout prix à attirer des Européens pour développer son économie.

C’est comme ça que les premières familles luxembourgeoises émigrent en 1828 vers le Brésil, dans l’espoir d’une vie meilleure. D’autres vagues se sont succédées jusqu’au XXe siècle, donnant naissance à une vaste descendance. Mais rapidement, cette nationalité luxembourgeoise a disparu au fil des générations.

L’ancêtre de Willian, Anna Maria Schabo, est issue de cette seconde vague de migration. Comme beaucoup à l’époque, elle est arrivée à Santa Catarina, qui est l’un des États comptant le plus de Luxembourgeois au Brésil. C’est ici qu’a grandi Willian, à Florianopolis, ville la plus peuplée de la région.

Le village de Luxemburgo au Brésil
© RTL

Dans l’État d’Espirito Santo, également peuplé par de nombreux Luxembourgeois, on retrouve même le petit village de Luxemburgo. À ce jour, plus de 34.000 personnes résidant au Brésil possèdent la nationalité luxembourgeoise.

“J’ai traité plus de 1.000 demandes”

Pour obtenir la nationalité par recouvrement, de nombreuses démarches sont nécessaires. Elaine Santana propose son aide aux Brésiliens souhaitant franchir le cap depuis 2011. “Avec l’Article 89, j’ai traité plus de 1.000 demandes je pense”, raconte-t-elle. Installée au Grand-Duché depuis 2009, la Brésilienne est devenue conseillère dans les démarches liées à la nationalité luxembourgeoise.

Elle propose même des visites accompagnées à ses clients, pour leur faire découvrir le pays. “Ceux qui ont fait la demande ne voulaient pas forcément venir habiter au Luxembourg. La majorité voulait surtout connaître l’histoire de sa famille, et contribuer à l’avenir de ses enfants”, explique Elaine.

Pour prouver le lien d’une personne avec un aïeul luxembourgeois, Elaine devait abattre un travail de titan par moments en récoltant des documents de l’état civil des deux pays. “J’avais un client dont l’aïeul était né en 1809. J’ai réussi à prouver qu’il était Luxembourgeois par l’acte de décès de son père, mort en 1821. Ça rajoute des recherches en plus, surtout que les gens pensent que c’est facile alors que non !”

Si la démarche ne peut plus être réalisée depuis 2026, la nationalité luxembourgeoise peut toujours être acquise par option (principalement si le parent, ou le grand-parent est Luxembourgeois), ou par naturalisation. Selon Elaine, de nombreuses personnes se découvrent encore des liens avec le Grand-Duché aujourd’hui. Et si vous aussi, vous aviez du sang luxembourgeois?

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