PédocriminalitéL'Église lance sa nouvelle instance de réparation après l'Inirr

AFP
Un nouveau chapitre s'ouvre dans la lutte contre la pédocriminalité au sein de l’Église puisque l'Inirr, organe de réparation créé en 2021, cède mardi la place à une nouvelle instance, pérenne mais regardée avec méfiance par de nombreuses victimes.
L'Église lance sa nouvelle instance de réparation après l'Inirr
L'Église lance sa nouvelle instance de réparation après l'Inirr
© AFP/Archives

"Nous avons reçu 1.924 demandes depuis mars 2022", résume à l'AFP Marie Derain de Vaucresson, la présidente de l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), qui "humblement" se dit "très fière de ce qu'on a réalisé".

Cette instance avait été créée par l'épiscopat français en 2021 dans le sillage du rapport de la Ciase, qui estimait à 330.000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles dans l’Église depuis 1950. L'Inirr a été pensée pour les faits commis dans les diocèses (une autre instance toujours active, la CRR, concerne les congrégations).

L'idée était de mettre en place une démarche restaurative d'écoute et de reconnaissance menant à une réparation soit symbolique (pose d'une plaque, demande de pardon...), soit financière (les victimes pouvant recevoir jusqu'à 60.000 euros).

"L'Inirr a été créée pour apporter une réponse quand aucune autre n'était possible", notamment judiciaire, résume Mme Derain, en se félicitant "qu'on ait placé la personne victime au cœur du fonctionnement de l'instance". 

"Pour que ça fonctionne, il fallait un bon niveau de confiance", ajoute-t-elle.

Après un fort afflux initial, le rythme a ralenti en 2024 avant de repartir à la hausse, en écho à la médiatisation de certaines affaire touchant l’Église -- abbé Pierre, écoles catholiques telles que Bétharram... 

Son activité avait augmenté de 35% l'an dernier, et l'Inirr a encore reçu 26 demandes au cours des trois premières semaines d'août. 

L'approche de la fin du mandat a-t-elle poussé les victimes à lancer des démarches de dernière minute? Il semble surtout "que l'Inirr est mieux repérée", explique Mme Derain.

L'instance, créée pour trois ans, puis prolongée, voit bien son mandat arriver à échéance ce lundi. Elle n'acceptera plus ensuite de nouvelles saisines, même si elle finira d'accompagner les dossiers en cours, sur une période de dix-huit mois.

"On a aujourd'hui à peu près 150-160 personnes à accompagner", explique Mme Derain.

"Indépendance"

Celles et ceux qui voudraient obtenir réparation s'adresseront à partir du 1er septembre à une structure, présentée en mars par les évêques, et baptisée Renaître.

"Une nouvelle équipe se met en place pour poursuivre l'accompagnement des victimes, y compris le volet financier", promet-t-on à la Conférence des évêques de France (CEF), en garantissant "l'indépendance" de l'instance.

Dans la nouvelle architecture, les victimes pourront saisir des cellules d'écoute dans les diocèses, qui les orienteront ensuite, pour les démarches restauratives, vers un réseau local d'accompagnants constitués en organisme national indépendant. Elles pourront aussi, si elles le souhaitent, saisir directement cette instance, dont les coordonnées et l'organigramme seront communiquées mardi, indique la CEF.

"Ce n'est en rien une rupture, mais une continuité", ajoute-t-on à la CEF.

Mais les victimes regardent cette évolution avec méfiance, et les critiques ont été nombreuses dès sa présentation.

Le nouveau dispositif est "une coquille vide", affirme Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo, pour qui la fin de l'Inirr "est une catastrophe" car "c'est un organe indépendant et compétent qui disparaît."

Elle s'inquiète notamment de dispositifs "très inégaux" dans les diocèses. Le nom -- Renaître -- paraît aussi très mal choisi à beaucoup de collectifs.

Ces critiques "sont intégrées dans la réflexion de la nouvelle équipe", assure-t-on à la CEF.

La question est d'autant plus scrutée que le pape Léon XIV rencontrera des victimes de violences sexuelles le 27 septembre à Lourdes, lors de son voyage en France.

Plusieurs dizaines de personnes ont demandé à être reçues, mais le groupe reçu sera "forcément très réduit", ajoute-t-on à la CEF qui ne communiquera pas le nom des victimes retenues.

Léon XIV "souhaite avoir le temps d'échanger, pour entendre les personnes qu'il reçoit dire "+voilà ce que j'ai vécu et ce que j'attends de vous+", explique-t-on de même source.

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