MunicipalesEn Moselle, terre de conquête, le RN à la peine

AFP
Le Rassemblement national, qui présentait 17 listes en Moselle et rêvait d'en faire un nouveau fief, semble loin de la percée espérée, à part à Hayange, où Fabien Engelmann a été facilement réélu au premier tour. Ses espoirs reposent au second tour sur une triangulaire à Saint-Avold.
© ADNAN FARZAT/NurPhoto via AFP

Dans cette ancienne terre de charbon et d’acier, touchée par la désindustrialisation - et où certaines villes avaient voté pour lui à plus de 50% lors des législatives de 2024 - le parti de Jordan Bardella a échoué au premier tour dans six villes, et ses chances de l’emporter semblent maigres dans dix autres communes où il reste en lice, excepté à Saint-Avold (15.000 habitants).

Hervé Simon, un ancien gendarme, est arrivé en tête dans cette ville proche de la frontière allemande, avec 32,3%, et garde des chances de l’emporter au second tour face à un candidat du centre (19,7%) et le maire sortant (16,9%).

La quatrième liste qualifiée, celle de l’ancien maire André Wojciechowski (droite, 15,9%) s’est retirée in extremis, mardi juste avant 18h, pour “faire barrage au RN”, regrettant l’absence de “front commun” contre le parti à la flamme. Cela sera-t-il suffisant, en l’absence d’alliance entre les deux autres candidats?

En 2024, la formation lepéniste avait conquis quatre des neuf sièges de députés dans ce département historiquement ancré à droite. Dimanche, elle a certes réalisé des scores en nette progression par rapport au précédent scrutin municipal - notamment en Moselle Est et autour d’Hayange. Mais sans victoire à la clef, si ce n’est la réélection de M. Engelmann, qui a conquis un 3e mandat avec près de 73% des voix.

A Freyming-Merlebach, Marange-Silvange, Stiring-Wendel ou Yutz, le parti d’extrême droite a, à chaque fois, perdu le duel du premier tour, avec des scores compris entre 36 et 45%, soit 3 à 13 points de moins que lors des législatives il y a deux ans.

Il a aussi été défait dès le premier tour dans deux triangulaires, à Audun-le-Tiche et Sérémange-Erzange.

Outre Saint-Avold, le RN s’est placé en tête à Amnéville (10.000 habitants) et Creutzwald (13.000), où Marine Le Pen s’est déplacée fin janvier.

Cependant le jeu des alliances et des retraits de listes compliquent la donne: à Amnéville, les trois listes encore en lice contre Grégoire Laloux (36%) se sont alliées. Un “choix difficile” motivé par le “risque de voir notre ville basculer vers l’extrême droite”, a expliqué le maire sortant (divers droite), Eric Munier.

“Pas implanté localement”

Et à Creutzwald, où Xavier Cerveau (RN) a frôlé les 41%, le candidat arrivé en 3e position, Eric Helwing (divers droite, 21,54%), a retiré sa liste “avec gravité et sens des responsabilités”. Il laisse donc le champ libre à la liste arrivée deuxième, conduite par Salvatore Fioretto (divers droite), désormais favori.

Le RN est par ailleurs qualifié dans six communes de moins de 20.000 habitants, mais en position moins favorable, avec des scores au premier tour entre 19 et 37%, alors qu’en 2024 il avait obtenu de 41 à 61% des voix.

Pour le politologue et directeur du campus de Sciences Po à Nancy François Laval, le RN a certes obtenu de bons résultats aux législatives, mais il “n’est pas encore implanté localement": à part à Hayange, “l’arbre qui cache un peu la forêt”, et “peut-être Saint-Avold”, il est “bien en-deçà de ce qu’il pensait faire”, observait-il au soir du premier tour sur France 3. “C’est un parti national. C’est un peu comme LFI. C’est extrêmement compliqué de s’enraciner, ça prend du temps, il faut avoir un réseau d’élus.”

A Metz, 120.000 habitants, le RN s’est placé au premier tour comme la première force d’opposition. Son candidat Etienne Anstett y a obtenu 17%, loin derrière le maire sortant François Grosdidier (divers droite, 43%) mais devant le PS (13%) et LFI (10%). Une alliance entre LFI et EELV pourrait rebattre les cartes au second tour.

Dans plusieurs villes où le Rassemblement national s’est présenté, il disposera désormais d’élus d’opposition. Notamment dans les agglomérations de Forbach et de Freyming-Merlebach, s’est félicité le député RN Kevin Pfeffer, pour qui “cette séquence aura indéniablement renforcé notre implantation”.

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