
Le castor fait partie de ces sujets clivants qui alimentent volontiers une discussion d’après repas. Protégé, il est revenu en force au début du 21e siècle. Réintroduit de façon clandestine, il peuple les rivières de Wallonie. Plus de 4.000 individus seraient recensés en Belgique.
Même si le mammifère n’est pas du genre à s’afficher au grand jour en toute circonstance, son activité nocturne ne passe pas inaperçue. L’architecte construit des barrages sous lesquels il s’abrite et se protège. Ces constructions sont source de désaccords parce qu’elles peuvent entraîner des débordements de rivière.
Il faut, dès lors, trouver une cohabitation pacifique. Au conseil provincial de la semaine dernière, la députée Marie-Eve Hannard a soumis une proposition au vote qui consiste à aider les communes afin de démanteler ces barrages. Une solution plus rapide et moins lourde administrativement. Les communes d’Attert, Bastogne, Bouillon, Gouvy, Herbeumont, La Roche, Léglise, Marche, Messancy, Neufchâteau, Tintigny et Vielsam sont notamment concernées. L’accord portait sur une somme de 198.000 euros finalement votée avec, tout de même, un échange courtois.
La pose de drains, fausse bonne idée?
Le député Youri Martin (Ecolo) a souligné le rôle essentiel joué par le castor dans l’écosystème. «C’est un ingénieur, un architecte qui travaille sans relâche et que certains pays utilisent même pour gérer l’hydrologie de certains bassins. Il joue aussi un rôle de ZIT (zone d’immersion temporaire) quand on a l’espace pour laisser des zones inondables.»
L’élu rappelle que pour un barrage démantelé, un autre est bien souvent reconstruit et suggère la pose d’un drain. «Cela éviterait des frais qui ne se terminent jamais. On protègerait ainsi l’entrée et la sortie pour que l’eau puisse passer et que le castor ne puisse plus bloquer ce drain de manière à éviter les problèmes d’inondation et de sécurité qui est l’objet du marché.»
La députée du parti Les Engagés a rappelé que la solution des drains avait déjà été testée et qu’elle demandait beaucoup d’entretiens et d’investissements et que ce n’était donc pas ce qu’elle préconisait. Marie-Eve Hannard a aussi précisé qu’une décision de démantèlement arrivait vraiment en bout de chaîne. «Quand on décide de détruire un barrage c’est qu’il y a un risque hydraulique et envers la sécurité des personnes. On limite vraiment le nombre de démantèlements. Il faut que ce soit vraiment nécessaire.»
D’autres voix se sont fait entendre dans ce débat comme celle du bourgmestre de Léglise Simon Huberty, qui confirmait que la pose d’un drain n’était pas la panacée. «N’ajoutons pas de la complication là où, en réalité, c’est déjà très compliqué. Le castor, c’est quelque chose à gérer. C’est insupportable.»
Le fameux mammifère n’a décidément pas fini de faire parler de lui.