Exposition "Ghosts of the Villa"Comment le Luxembourg a contribué à écrire l’histoire de la radio

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
Ce lundi, l'histoire de Radio Luxembourg était au coeur de l'émission l'"Invité de la rédaction", qui recevait la Docteure Dominique Santana, qui a co‑conçu l’exposition immersive Ghosts of the Villa.
© Annick Goerens

A la Villa Louvigny, une page de l’histoire des médias a été écrite avec RTL Luxembourg, la première station commerciale en Europe. Cela continue de fasciner le public. C’est pourquoi l’exposition “Ghosts of the Villa” qui se tient à la Villa Louvigny rencontre un grand succès. C’est ce qu’a expliqué lundi sur RTL la Docteur Dominique Santana du Centre d’Histoire Contemporaine et Numérique de l’Université du Luxembourg, qui a co‑conçu l’exposition immersive Ghosts of the Villa.

Une exception couronnée de succès : le Luxembourg et sa radio libre

Au début du XXᵉ siècle, la radio a été “domestiquée” : de plus en plus de gens en avaient une dans leur salon et elle est devenue un média de masse. Les politiques et les gouvernements de l’époque l’avaient compris et voulaient l’utiliser pour “influencer réellement la population”, explique Dominique Santana. C’est pourquoi les stations ont été étatisées, devenant des services publics, comme par exemple la BBC en Angleterre. En France, les radios commerciales et privées étaient carrément interdites.

Mais le Luxembourg a accordé une licence à une station privée. Une exception absolue dans le paysage médiatique des années 20 et 30. Et naturellement, ces radios diffusaient ce que les gens voulaient entendre. Par exemple, les Beatles, qui ne passaient pas sur la BBC, pouvaient être diffusés ici. Cela a évidemment attiré un nombre toujours croissant d’auditeurs. C’était un modèle économique. La radio est soudain devenue un compagnon du quotidien, qui “accompagne simplement les gens dans leur vie”.

Les premiers influenceurs, c’étaient ceux de Radio Luxembourg

Radio Luxembourg disposait également d’un monopole jusqu’en 1991 pour exploiter la licence, mais elle ne diffusait pas seulement au Grand-Duché : ses émissions dépassaient largement les frontières. Dans les années 20 et 30, “en Allemagne, il n’était pas possible d’émettre à l’échelle nationale, alors que ce petit pays diffusait jusqu’en Angleterre ou en Europe de l’Est, et ça, c’était une révolution”.

Les présentateurs ou les disc-jockeys de Radio Luxembourg étaient alors ce que sont les influenceurs aujourd’hui. “Des disc-jockeys un peu comme des rockstars, qui partaient aussi en tournée… […] Ils ne se contentaient pas d’être derrière les micros, ils avaient même leurs magazines dans lesquels ils faisaient leur propre promo.

La radio a bien sûr aussi contribué à développer la société de consommation, explique la chercheuse. A la radio, on ne diffusait pas seulement de la musique, mais on vendait également des produits à l’aide de jingles. “C’est exactement ce que font aujourd’hui les influenceurs sur les réseaux sociaux.

Exposition “Ghosts of the Villa” : un voyage dans le temps à travers le son et l’histoire

L’exposition “Ghosts of the Villa” met la Villa Louvigny au cœur de l’histoire. On peut y découvrir dans l’auditorium des interviews avec des personnalités connues telles que Pilo Fonck, Frank Elstner, Désirée Nosbusch ou Tony Prince. “Les visiteurs entrent, mettent des écouteurs, et les murs se mettent à parler, pour ainsi dire. C’est pour cela que l’exposition s’appelle Ghosts of the Villa, parce que c’est vraiment un voyage dans l’univers sonore de Radio Luxembourg et dans l’univers de ce puissant média qui a profondément marqué le XXᵉ siècle.

L’exposition n’est qu’une partie d’un projet plus vaste, mené par l’Université du Luxembourg en collaboration avec Samsa Film et le CNA. Par ailleurs, le public découvrira bientôt beaucoup de contenus sur le site radio.lu au cours des 12 prochains mois, notamment une série de podcasts. Et l’on envisage également une tournée pour l’exposition. Un documentaire sortira aussi l’année prochaine.

Pour Dominique Santana, les lettres retrouvées dans le cadre des recherches ont constitué un moment fort. “Nous avons trouvé des lettres, par exemple aux Archives fédérales à Berlin, qui avaient été confisquées par la Stasi, car en RDA il était interdit d’écouter Radio Luxembourg pendant la Guerre froide. Ce sont des lettres d’adolescents, de treize ans, qui voulaient juste écouter de la musique et la radio, et qui ont ensuite été surveillés.” Lorsque les classes scolaires qui visitent l’exposition découvrent cela, elles sont souvent très surprises d’apprendre que des jeunes risquaient autrefois leur liberté simplement pour pouvoir écouter de la musique pop, explique Dominique Santana.

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