
Ce jeudi après‑midi, les partenaires sociaux se retrouvent en format tripartite au château de Senningen pour une table ronde autour de l’intelligence artificielle, selon le voeu du gouvernement.
“L’intelligence artificielle est déjà omniprésente dans notre vie quotidienne, et nous, en tant que syndicat, restons toujours un peu sceptiques.” Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais il faut rester vigilant, a précisé jeudi matin sur RTL Romain Wolff, président de la CGFP, la Confédération générale de la fonction publique. Les entreprises et les employeurs sont très enthousiastes, n’y voyant que des avantages, tandis que les syndicats se montrent plus prudents face à l’IA.
L’Etat a conclu un partenariat avec la société française Mistral AI. La fonction publique doit en être la première bénéficiaire, l’outil étant censé faciliter le travail des fonctionnaires.
“Nous n’avons toutefois absolument pas été associés en amont. Le dialogue social ne fonctionne donc toujours pas”, regrette Romain Wolff.
Les fonctionnaires risquent d’être particulièrement impactés par l’intelligence artificielle. Selon une étude du STATEC, 14 % de tous les emplois au Luxembourg pourraient être menacés par l’IA, soit près de 64.000 postes. Les métiers administratifs, ainsi que les travailleurs luxembourgeois, seraient parmi les plus exposés, avait indiqué le directeur du Statec à RTL.
Le président du syndicat des fonctionnaires souligne que l’IA doit aider les travailleurs, et non les remplacer. La question de la responsabilité, qui reste quoi qu’il arrive entre les mains de l’humain, demeure centrale, rappelle le syndicaliste. Ce qu’il n’accepterait en aucun cas, ce serait des licenciements. Des formations continues ciblées ou des reconversions seraient donc essentielles. L’IA ne paie ni cotisations sociales ni autres impôts, ajoute‑t‑il. Peut‑être faudrait‑il dès lors envisager une taxe pour les entreprises qui misent fortement sur l’intelligence artificielle, suggère Romain Wolff.
Le site d’information en ligne Reporter.lu écrivait il y a dix jours que le ministre des Finances, Gilles Roth, souhaite surveiller plus strictement les dépenses de l’État et que les ministères et administrations doivent freiner leurs engagements. Début février, une circulaire du ministre des Finances a été envoyée aux différents ministères.
Chaque nouvelle dépense doit être compensée ou économisée par ailleurs. Un peu plus tard, les administrations ont également reçu un courrier de la Commission d’économies et de rationalisation, signé par Luc Frieden, indiquant que les nouveaux recrutements dans la fonction publique doivent être limités “au strict minimum”. “Nous devons d’abord voir ce que cela signifie concrètement”, a réagi le président du syndicat, précisant qu’il en avait été informé par la presse.
Au cours des dix dernières années, le nombre d’employés dans la fonction publique a augmenté de 44 %, une croissance supérieure à celle de la population. Romain Wolff ne pense pas qu’il y ait eu trop de recrutements dans la fonction publique ces dernières années. La CGFP n’a jamais demandé que des personnes soient embauchées sans travail à accomplir et il ne croit pas que cela ait été le cas.
Autre thème abordé avec le président de la CGFP : la guerre en Iran et la hausse des prix pétroliers. Il faudra voir comment la situation évolue et combien de temps la guerre va encore durer. Quant à savoir si la libération de réserves de pétrole sera vraiment utile, notre invité se montre sceptique. Si le conflit ne se termine pas très rapidement, une véritable tripartite sera nécessaire, estime Romain Wolff. Pour l’instant, on n’en est pas encore au point où le gouvernement devrait intervenir. Mais si cela devait durer, des aides financières pour les particuliers et les entreprises pourraient devenir nécessaires.