
Les réseaux sociaux ont sans doute précédé l’odeur mais les téléphones sont restés muets. Dimanche, alors qu’un brouillard opaque gagnait le sud et l’est du pays, aucun message n’a été envoyé à la population de la province de Luxembourg pour alerter sur la propagation des fumées conséquentes au feux de forêt qui ravageaient les Hautes-Fagnes.
"Ce n’est quand même pas grand-chose de nous prévenir à travers un petit message", peste Gilberte, septuagénaire de Gouvy. "Ma fille m’a appelée pour me dire de fermer toutes les fenêtres et de rester chez moi. Elle a vu ça sur les réseaux sociaux mais moi, je ne suis pas tout ça", regrette-elle au milieu d’une région qui n’a pas été épargnée par cette chape de fumée venue envelopper villages et bâtiments.
Même les plus téméraires auront reconnu que la gorge pouvait gratter le lendemain. Certains matchs de football ont notamment été reportés.
Le Système BE-Alert a été activé en province de Liège afin que certaines zones soient évacuées. A la gouvernance de la province de Luxembourg, on a jugé que la gravité de la situation ne méritait pas un sms d’alerte et que les réseaux sociaux avaient déjà fait leur œuvre dès la matinée. On rappellera au passage que LU-Alert, lui, a fonctionné pour le Grand-Duché.
Derrière cette façon d’informer se profilent de grandes questions alors que le silence de la classe politique est condamnée partout en Wallonie. François Huberty, le député-bourgmestre de Neufchâteau, lui, est monté au créneau. Il s’est notamment fendu d’une première réflexion géographique.
"La Province de Luxembourg disposait autrefois de sa propre unité de Protection civile, d’abord à Neufchâteau, puis à Libramont. En 2019, la réforme fédérale a centralisé la Protection civile autour de deux unités opérationnelles, à Crisnée et Brasschaat." Soit la plus proche à 120 km de Neufchâteau.
"Entre-temps, les risques ont changé: sécheresses, feux de végétation et de forêt, inondations, événements climatiques extrêmes…Les risques de 2026 ne sont plus ceux de 2019. Notre dispositif doit pouvoir évoluer lui aussi. Il est donc nécessaire que nous étudions sérieusement la possibilité de prépositionner à nouveau en province de Luxembourg une capacité fédérale spécialisée de Protection civile, complémentaire au travail de nos pompiers et de notre Zone de secours."
L’édile précise encore qu’il ne porte pas ce constat par nostalgie, ni contre les réformes passées, mais pour préparer l’avenir. "Les Hautes Fagnes doivent être un électrochoc", ponctue-t-il.
La province de Luxembourg est la plus grande des 10 en Belgique. Sa ruralité et ses vastes forêts l’exposent à ce genre de risques spécifiques. Si la semaine actuelle offre du répit à tout le personnel sur le front, elle ne doit pas empêcher une profonde réflexion sur l’avenir.