
L’un des policiers, qui n’était pas encore en service à ce moment‑là, aurait frappé une personne placée en garde à vue au visage avec le poing. Il est poursuivi pour torture et coups et blessures volontaires.
Ce qui s’est exactement passé ce jour‑là entre 21 h et 22 h au commissariat, n’est toutefois pas très clair. Le fonctionnaire reconnaît avoir frappé l’homme au visage, mais affirme l’avoir fait avec le plat de la main. L’expert en médecine légale explique que cela ne peut certes pas être exclu, mais que la blessure indique plutôt un coup porté avec le poing.
“J’ai simplement réagi sur le moment”, déclare le policier devant les juges. L’homme se serait avancé vers lui, le bras levé. En outre, lors d’une rencontre antérieure deux mois plus tôt, le fonctionnaire aurait déjà été menacé de mort par cet homme, alors qu’il lui avait demandé de quitter un bar. La victime, pour sa part, affirme qu’il n’y avait aucune raison à l’agression et qu’elle n’a jamais proféré une telle menace à l’encontre du policier.
Lorsque l’incident s’est produit le 20 mai 2023, les deux hommes n’étaient toutefois pas seuls dans la cellule. Deux autres policiers accompagnaient l’agent poursuivi pour torture et coups et blessures volontaires. L’un d’eux est même entré à l'intérieur de la cellule. Ils affirment cependant ne rien avoir vu précisément. Comme l’a indiqué le juge, l'existence d'un contentieux entre la victime et l’accusé à la suite de leur précédente rencontre, était connue d’au moins l’un des policiers.
Quant à ce qui se serait passé dans la cellule, cet agent confirme la version de son collègue. Lorsque le juge lui a ensuite demandé s’il considérait ce genre d’incident comme normal, il a répondu que cela ne s’était encore jamais produit. Le juge lui a alors demandé pourquoi il ne l’avait pas signalé. “J’étais content de faire partie du groupe. Cela me plaisait de travailler là‑bas et je ne voulais pas être celui qui dénonce quelqu’un”, a expliqué le policier, aujourd’hui âgé de 30 ans.
Le troisième agent, quant à lui, affirme n’avoir rien remarqué des faits, bien qu’il se trouvait dans la même pièce, et avoir joué sur son téléphone. Pourquoi était‑il présent ? “Le hasard, je suis entré bêtement. Mauvais moment, mauvais endroit”, a‑t‑il répondu au juge. Il aurait seulement entendu un bruit sourd, sans y prêter attention.
Après les faits, deux jeunes policiers ont été chargés de récurer le sang dans la cellule et de nettoyer également la victime, qui saignait, avant la venue d’un médecin pour un contrôle, comme c’est l’usage. L’un des jeunes agents avait déclaré à la police judiciaire lors de l'enquête, que l’homme avait dû être soutenu pour se déplacer. On lui aurait dit que celui‑ci s’était débattu lors de son immobilisation. Lors de l'examen, le médecin a constaté que l’homme en garde à vue avait un œil enflé et qu’il était alcoolisé. Il n’a toutefois pas pu déterminer s’il était tombé ou s’il avait été frappé.
L’affaire a été révélée lorsque l’agent qui avait conduit l’homme en cellule avant l’incident a rédigé son rapport. Le service des contrôles internes a constaté qu’il n’y était fait aucune mention de blessures concernant la personne placée en garde à vue. Lorsque l’agent s’est adressé à son supérieur hiérarchique, celui‑ci lui a d’abord fait des propositions de correction, sans s’informer de ce qui s’était réellement passé. Lui aussi doit répondre d’entrave à la justice dans ce procès.
“Si nous ne pouvons plus croire ce qu’un policier écrit, alors nous pouvons plier bagage. C’est là toute la gravité de cette affaire en ce qui vous concerne”, a souligné le président du tribunal à l’adresse de l’homme aujourd’hui âgé de 38 ans. À l’époque, le raisonnement de ce dernier avait été qu’il ne valait pas la peine d’en faire une affaire, s'est justifié l’ancien chef du commissariat Luxembourg-Gare. S’il avait informé le parquet après coup, son expérience lui disait que cela aurait donné lieu à une longue procédure. La violence policière au commissariat n’était alors pas généralisée, mais il y aurait eu une réaction ferme, c’est un fait.
L’entrave à la justice est une accusation qui le vise non seulement lui, mais également les autres agents impliqués dans le procès. L’un d’eux aurait en outre déjà donné auparavant un coup de pied dans les côtes du gardé à vue, lorsque celui‑ci avait refusé d’enlever sa ceinture. L’agent conteste toutefois cette version et affirme avoir plaqué l’homme au sol avec une prise spécifique. Il est également accusé d’être coauteur des faits, au motif qu’il se tenait à proximité sans être intervenu lorsque son collègue avait frappé la victime.
L’enquêteur de la police judiciaire a constaté que les agents de ce commissariat faisaient preuve d’une solidarité extrême et que rien ne filtrait à l’extérieur. Selon lui, les actes de violence provenaient toutefois clairement d’une seule personne, les autres n'ayant rien dévoilé des faits par loyauté mal comprise.
Une autre particularité de ce dossier est que deux des agents impliqués n’étaient pas en service au moment des faits. L’un était déjà présent avant le début de sa garde, ce qui était habituel pour lui, selon ses déclarations. L’autre buvait une bière et attendait que son collègue ait fini son service afin de sortir ensuite ensemble.
Le procès se poursuivra mercredi après‑midi. Un autre dossier impliquant des policiers, cette fois dans une affaire correctionnelle, et dans lequel un policier poursuivi dans ce procès ainsi qu’un autre agent sont mis en cause, sera examiné la semaine prochaine.