Réforme de la profession"La voix des infirmières a été résolument ignorée", selon l'ANIL

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
La loi sur la profession d’infirmier (infirmier en soins généraux) a plus de 30 ans. Et la réforme prévue est "une réforme qui ne réforme rien. Elle ne pose pas de jalons pour l’avenir", critique Anne-Marie Hanff. La présidente de l’ANIL, l’Association nationale des infirmières et infirmiers, était l’invitée de RTL lundi matin.
© Annick Goerens

Nous ne pouvons même pas donner une crème contre l’herpès sans ordonnance d’un médecin

Le Luxembourg dispose d’un système de santé fragile. "Nous faisons face à une pénurie de personnel tout en ayant traversé une pandémie. À présent, l'hantavirus serait également à nos portes." À l’origine, l’idée de la Commission européenne était justement de rendre le système plus résilient, explique Anne-Marie Hanff. "Cette occasion a été manquée."

Selon l’étude Lëtz’Care de 2021, les infirmiers et infirmières au Luxembourg perdraient 40 % de leur temps de travail à gérer de la paperasse et des tâches administratives, au lieu d’être au chevet des patients. De là, la revendication d’accorder davantage d’autonomie aux infirmiers et infirmières afin qu’ils puissent utiliser leur temps de manière plus efficace. Une infirmière, avec un diplôme de l'enseignement supérieur, ne peut même pas donner une crème contre l’herpès sans ordonnance du médecin. C'est considéré comme un "exercice illégal de la médecine", alors même qu’elle est formée pour cela. "À l’époque, nous avons aussi demandé que le niveau de notre formation soit relevé, non seulement parce que nous voulions un autre diplôme, mais parce que nous assumons déjà ces responsabilités au quotidien." Cela conduit déjà aujourd’hui, notamment dans les maisons de retraite, à ce que des personnes souffrent inutilement. "Nous demandons simplement de pouvoir faire légalement ce que nous faisons déjà en pratique aujourd’hui."

"En France", par exemple, "les infirmières peuvent déjà prescrire du matériel, des équipements de soins dont elles ont besoin, pour que les patients ne doivent pas aller consulter un médecin ou attendre". La ministre de la Santé avait argumenté que cela relève de l’"infirmier en pratique avancée", mais il s’agit là d’un tout autre profil, souligne l’invitée : ce sont des infirmiers titulaires d’un master et disposant d’une grande expérience.

De nombreux parallèles avec la réforme des retraites

Une autre critique concerne les zones grises présentes dans le texte de loi actuel. Certains actes y figurent parfois deux fois : une fois, l’infirmière est autorisée à les effectuer avec ordonnance, et une autre fois sans ordonnance. Il s’agit probablement d’une erreur. Par ailleurs, des formulations sont problématiques comme que l’infirmière doit s’assurer que le médecin est "en mesure d’intervenir". L’invitée s’interroge : "Qu’est-ce que cela signifie ? Et est-ce vraiment de notre responsabilité de vérifier que le médecin est capable d’intervenir ? Doit-il venir sur place ? Suffit-il qu’il soit joignable au téléphone ?"

Anne-Marie Hanff estime retrouver de nombreux parallèles avec la réforme des retraites. Là aussi, l’avis de nombreuses personnes a été sollicité, mais il n'a finalement pas été pris en compte.

Une réforme baclée

Cette réforme aurait été élaborée dans la précipitation. La Commission européenne avait fixé une échéance jusqu’à fin septembre 2025. Les groupes de travail n’auraient toutefois commencé leurs travaux qu’en juin, c'est-à-dire pendant les vacances d’été, quand beaucoup de personnes sont absentes. De plus, les réunions doivent être soigneusement préparées lorsqu’on est pressé par le temps. Cela n’a pas été le cas, critique l’ANIL. Aucune expertise préalable n’avait été réalisée et les discussions avaient tourné en rond tout au long du processus. Ni l’ANIL ni d'autres acteurs n’ont jamais donné approuvé ce projet de loi. Des avis écrits ont été soumis et des réunions avec la ministre ont également eu lieu, et on ne comprend donc pas pourquoi on n'a plus été entendus, déplore Anne‑Marie Hanff.

"Nous représentons les infirmières, mais nous sommes nous-mêmes membres de cette société, nous avons des familles, nous vivons le statu quo et nous savons ce qui pourrait être amélioré. En réalité, nous nous engageons simplement pour une meilleure prise en charge des patients. Et oui, la voix des infirmières et des personnes concernées a été résolument ignorée."

Et maintenant ?

L’avis du Conseil d’État a été rendu très rapidement, dès le 5 mai, alors qu’il y avait en principe un délai jusqu’au 20 mai. L’ANIL se demande donc si celui-ci a vraiment pu adopter une prise de position complète. Le Conseil d’État pourrait peut-être reprendre entièrement son travail. Il serait également important que les députés, y compris ceux de la majorité gouvernementale, ne votent pas ce projet de loi sans réflexion, selon Anne‑Marie Hanff.

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