
Au Luxembourg vivent environ 690.000 personnes, dont près de la moitié ne possèdent pas la nationalité luxembourgeoise. Ces dernières décennies en particulier, de nombreuses personnes provenant d’autres pays se sont installées au Luxembourg. Qu’est‑ce que cela signifie pour le vivre‑ensemble au Grand‑Duché ? Comment les étrangers peuvent‑ils être intégrés rapidement et durablement, et que faut‑il faire pour préserver l’identité et la culture luxembourgeoises ? Ces questions ont été débattues jeudi matin à la Chambre, à l’initiative de l’ADR, de manière pour le moins controversée.
L’intégration n’est rien d’abstrait, mais quelque chose de très concret. On la voit par exemple dans les salles de classe ou sur les terrains de football, a déclaré le président du groupe parlementaire ADR, Fred Keup. Il a également évoqué la famille de son épouse, dont le père était venu d’Italie au Luxembourg à un jeune âge et dont les enfants seraient bien intégrés. Cet exemple montrerait que l’intégration est souvent un processus intergénérationnel, qui nécessite du temps, mais aussi de la bonne volonté. Au Luxembourg, l’intégration s’est longtemps appuyée sur trois piliers : l’école, les associations et la langue. Or, c’est précisément à l’école que cela devient de plus en plus difficile, selon l'élu ADR.
"Nous avons aujourd’hui environ 120.000 élèves dans nos écoles, soit près de 20.000 de plus qu’il y a sept ou huit ans. Parallèlement, deux tiers de la population scolaire ne parlent plus le luxembourgeois à la maison."
En ce qui concerne l’offre des écoles internationales, celle‑ci serait certes, d’une part, une réponse à un besoin concret, mais il faudrait néanmoins se demander si les jeunes savent réellement parler luxembourgeois au terme de leur parcours scolaire. Or, la langue constitue la forme la plus accessible de l’intégration, puisque tout le monde peut l’apprendre. Mais pour que les étrangers puissent apprendre le luxembourgeois, il faudrait d’abord que la langue soit parlée par les Luxembourgeois eux‑mêmes et qu’elle soit perceptible dans l’espace public. Il ne s’agirait pas d’exclure qui que ce soit, mais de contribuer à ce que les différentes nationalités vivent ensemble et non les unes à côté des autres.
Jean‑Paul Schaaf, député CSV, a reproché à Fred Keup que l’interpellation soit en partie motivée par la volonté d’"attirer les partis du centre démocratique" sur un terrain glissant .
"Et puis vous venez ici et vous parlez de manière très gentile et très policée, comme on le fait au centre, si l’on s’y trouve. Vous êtes donc le loup dans la bergerie, et moi, ici, je suis le mouton, et nous nous entendons bien."
Insinuer indirectement que les étrangers ne seraient pas intégrés par définition ne correspond toutefois pas à la réalité.
"Je pense que 'les étrangers', ça n'existe pas : nous avons 180 nationalités au Luxembourg, ce n’est pas un bloc. Ces personnes ne sont pas toutes arrivées en même temps, elles ne sont pas toutes ici toute leur vie. Il y a des jeunes, des personnes âgées, différentes nationalités : il n’y a pas un seul bloc."
Le Luxembourg a besoin de l’immigration ne serait‑ce que pour des raisons démographiques, et celle‑ci n’a jusqu’à présent jamais conduit à des problèmes culturels, selon l'élu CSV. Il a toutefois donné raison à Fred Keup sur un point : dans certaines professions, notamment dans le secteur de la santé, un certain niveau de connaissances en luxembourgeois est nécessaire. Où en est donc le plan national du vivre ensemble ?
La députée DP Mandy Minella a souligné qu’au Luxembourg, ces dernières années, de nombreuses initiatives ont été mises en œuvre, tant au niveau national que communal, afin de renforcer l’intégration.
"Soutenues par le ministère de la Famille, de plus en plus de communes misent sur des initiatives concrètes dans le cadre du pacte communal. La commune de Betzdorf s’est par exemple engagée le 9 février, aux côtés de 52 autres communes, à faciliter l’accès à l’information, à renforcer la vie associative et à encourager les gens à s’impliquer."
Elle a également insisté sur le fait que le multilinguisme constitue une richesse pour le Luxembourg.
L'élue socialiste Liz Braz a reproché à l’ADR de ne pas avoir présenté, dans de nombreux domaines, des mesures concrètes en faveur d’une meilleure intégration. Cela tiendrait sans doute aussi au fait que ce parti ne serait, en réalité, pas véritablement intéressé par cette question.
"Vous voulez dire aux gens comment ils doivent vivre, mais sans leur accorder les droits nécessaires pour pouvoir aussi s’impliquer politiquement et faire entendre leur voix dans le processus démocratique. Ici, vos statistiques favorites, selon lesquelles un résident sur deux est étranger, semblent vous laisser plutôt indifférent."
L’intégration est importante, mais on constate aussi que les défis dans ce domaine deviennent de plus en plus importants. La langue est certes un facteur essentiel, mais loin d’être le seul à contribuer à une intégration réussie. Une autre condition déterminante est par exemple l’accès au logement.
Djuna Bernard, élue des Verts, a pour sa part critiqué le terme même d’ intégration, estimant qu’il véhiculerait l’idée d’une norme à laquelle les personnes nouvellement arrivées devraient se conformer. Selon elle, il vaudrait mieux parler de vivre‑ensemble.
Marc Goergen, député du parti Pirate, a demandé que le marché du travail soit ouvert immédiatement à tout le monde, car c’est là que l’intégration se réalise le mieux et que chacun peut ainsi contribuer en même temps à la richesse du pays. Il a toutefois ajouté que les communes pourraient faire davantage d’efforts pour rendre la langue luxembourgeoise plus perceptible, par exemple sur leur site Internet.