Décarbonation du secteurLe Luxembourg veut rendre le transport routier de marchandises plus respectueux du climat

Tim Morizet
adapté pour RTL Infos
Chaque jour, des millions de camions circulent sur les routes à travers toute l’Europe, assurant le fonctionnement d'une grande partie de l’économie européenne grâce à leur fret.

Mais la plupart de ces véhicules roulent encore au diesel. Cela devrait cependant changer au cours des prochaines décennies. L’Union européenne s’est fixé des objectifs climatiques ambitieux et souhaite décarboner progressivement le secteur des transports. Le Luxembourg veut et doit en partie suivre ce mouvement.

Lors d’une conférence à la Chambre de commerce, les nouvelles aides financières de l’Etat ont donc été présentées mardi. Elles visent à encourager les entreprises du secteur de la logistique et du transport à passer à des camions, camionnettes, tracteurs ou bus sans émissions, par exemple aux véhicules électriques.

Plus d’indépendance vis‑à‑vis des prix de l’énergie

Pour le ministre de l’Économie, Lex Delles, la transition énergétique est aussi une question de sécurité économique. Les tensions géopolitiques et les conflits internationaux montrent à quel point l’Europe reste dépendante de sources d’énergie externes.

Je pense qu’en particulier en cette période, on voit à quel point la résilience du Luxembourg est importante. A quel point la résilience de l’Europe est importante. Nous sommes vulnérables face à des décisions qui ne sont prises ni par le Luxembourg, ni par l’UE”, a dit Lex Delles. Les conflits dans le monde ont un impact direct sur les prix de l’énergie et donc aussi sur les prix à la pompe au Grand-Duché.

L’électrification des transports pourrait aider à réduire cette dépendance et à renforcer l’utilisation des énergies renouvelables.

Nouvelles aides publiques pour les camions

Concrètement, le gouvernement a lancé deux nouveaux appels à projets. Ils s’adressent aux entreprises du secteur du transport routier qui souhaitent investir dans des véhicules sans émissions.

Environ 10 millions d’euros d’aides sont prévus pour ces mesures. Selon les estimations, cela permettrait de cofinancer environ 50 véhicules. Les subventions doivent compenser en partie la différence de coût entre un camion diesel et un camion sans émissions.

Il ne s’agit pas seulement des gros véhicules de transport. Les camionnettes ou les véhicules pour de courtes distances peuvent également être intégrés au programme.

Cela peut être différentes camionnettes. Mais aussi des poids-lourds, des camions longue distance”, explique Daniel Kohl, directeur du Cluster for Logistics Luxembourg. Pour le secteur, il est essentiel d’acquérir les premières expériences pratiques. “Il est également important que les transporteurs acquièrent leurs premières expériences en matière d’électromobilité, afin de voir comment il faut s’adapter et s’organiser.

Coûts élevés et nouvelle organisation

Dans le secteur du transport routier, la transition prendra toutefois encore du temps. Les camions électriques restent nettement plus chers que les véhicules diesel traditionnels. Le prix d’achat d’un camion électrique à batterie peut dépasser jusqu’à 150 % celui d’un camion diesel. Pour les entreprises, cela représente non seulement un investissement financier important, mais aussi une réorganisation des livraisons.

Les camions zéro émission restent quelque chose de spécial dans notre domaine”, explique Ben Frin, directeur financier de l’entreprise logistique Arthur Welter Transports. “Cela implique beaucoup d’efforts au niveau du dispatch et aussi du financement.

Outre les coûts, l’autonomie des véhicules représente également un défi. Alors que les camions diesel peuvent parcourir jusqu’à mille kilomètres sans faire le plein, l’autonomie des véhicules électriques reste encore plus limitée.

Avec un camion électrique à batterie, on parle plutôt de 400 à 500 kilomètres”, explique Ben Frin. “Cela signifie que je dois m’arrêter beaucoup plus souvent et plus longtemps pour recharger. Pour nous, cela implique plus de pauses pour le chauffeur, donc davantage de coûts et moins de ponctualité.”

A cela s’ajoute que les camions sont également plus lourds à cause de leurs batteries. Cela peut conduire à devoir réduire légèrement la charge transportée.

Infrastructures et prix de l’énergie : les facteurs clés

Outre les véhicules eux‑mêmes, les infrastructures de charge jouent un rôle déterminant. Au niveau de l’UE, il est prévu que d’ici 2030, des stations de recharge pour poids lourds soient disponibles tous les 60 kilomètres sur les grands axes routiers. Le Luxembourg veut également contribuer à cet objectif et lance en parallèle des projets pour développer les infrastructures de charge.

Un autre défi reste le prix de l’électricité. Les entreprises de transport critiquent le fait que les tarifs varient fortement d’une station à l’autre et qu’ils ne sont souvent pas transparents. Pour les transports internationaux, cela complique la planification des trajets.

Malgré ces défis, de nombreux acteurs de la branche estiment que la transition vers des camions zéro émission n’en est qu’à ses débuts. Avec le soutien de l’Etat, les progrès technologiques et l’amélioration des infrastructures, le secteur pourrait toutefois s’adapter progressivement au cours des prochaines décennies.

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