
Cette année, la rentrée scolaire est principalement marquée par deux grandes réformes : les mesures visant à renforcer l’inclusion et la généralisation du projet Alpha. Si le syndicat des enseignants SEW-OGBL salue certaines avancées, il estime toutefois que de nombreux problèmes subsistent. Le syndicat réclame davantage de personnel, moins de bureaucratie et un cadre plus clair pour la gestion des enfants présentant des troubles du comportement. Joëlle Damé, présidente du SEW-OGBL :
"Souvent, les enseignants se sentent démunis lorsqu'ils sont confrontés à des problèmes à l'école. Nous souhaiterions donc disposer d'une sorte de guide pratique indiquant comment agir dans de telles situations. Nous souhaiterions également que tous les incidents impliquant de la violence à l'école soient recensés. Actuellement, il est prévu que seuls les incidents impliquant de la violence ou les incidents impliquant des enfants présentant de graves troubles du comportement sont enregistrés, pour lesquels l'équipe régionale de crise intervient et le dossier est transmis à la direction. De ce fait, de nombreux cas passent entre les mailles du filet, notamment les incidents impliquant des parents qui ne respectent pas les règles."
Lorsqu'on ne dispose pas de chiffres, il est impossible de savoir où se situent les besoins ou quelles ressources sont nécessaires. Par ailleurs, le syndicat demande la présence d'un deuxième intervenant dans chaque salle de classe du cycle 1. À l'heure actuelle, il est envisagé de lancer, à partir de 2028, un projet pilote prévoyant l'ajout d'un intervenant par établissement scolaire. Le projet ne sera évalué qu'au bout de trois ans, ce qui, selon le syndicat, est loin d'être suffisant.
Le projet Alpha, visant à instaurer l’alphabétisation en français, suscite également des critiques. Il est censé améliorer l’égalité des chances dans l’éducation. Cependant, selon le syndicat des enseignants, il n’est pas encore établi que le projet Alpha conduira effectivement à de meilleurs résultats scolaires.
"Cela signifie que nous ne savons pas où nous allons. Nous devons communiquer honnêtement en disant que généraliser le projet dès maintenant était une volonté politique, mais qu’au final, nous ne savons pas quel en sera le résultat. Tout ce que nous essayons actuellement de promettre aux gens, à savoir qu’il y aura davantage d’équité dans l’éducation, relève purement de la spéculation."
Le syndicat réclame donc davantage de transparence. D’après Joëlle Damé, le rapport sur le projet pilote montre que le niveau dans la deuxième langue n’est plus aussi élevé qu’auparavant. Selon elle, cet élément devrait aussi être correctement communiqué au public.
Un autre sujet abordé mercredi par le syndicat des enseignants était évidemment les mauvais résultats de l’étude PISA. Les compétences en lecture des élèves sont particulièrement préoccupantes, mais ce n’est pas une surprise, selon Vera Dockendorf.
"En réalité, c’était prévisible et c’est ce que nous avons toujours dit. Nous avons constaté une baisse des compétences en lecture. Nous avons également critiqué à plusieurs reprises le fait que la réforme du cycle inférieur de l’enseignement général n’atteint pas véritablement ses objectifs."
Les raisons de ces mauvais résultats sont nombreuses, mais l’utilisation du smartphone, en particulier, joue un rôle.
"Le téléphone portable est un facteur qui contribue au recul de la lecture et des compétences en lecture. Mais nous constatons que les tablettes ont été introduites de manière généralisée dans les classes inférieures, y compris dans le secondaire, sans véritable concept pédagogique, ce qui signifie qu'elles fonctionnent souvent comme un substitut au cahier ou au livre. Il faut dire qu'il existe des études qui montrent précisément que cela ne favorise pas les compétences en lecture, car l’écran nous pousse à lire de manière plus superficielle. Nous retrouvons aussi moins facilement certains passages des textes, nous les assimilons moins bien et nous approfondissons moins le texte."
Le SEW-OGBL demande donc une réglementation de l'usage des téléphones portables plus cohérente et uniforme à l’échelle nationale, afin d’éviter que chaque lycée applique ses propres règles.
Pour le personnel enseignant, la principale question reste toutefois : combien de réformes l’école peut-elle mettre en œuvre lorsque les moyens sur le terrain sont insuffisants ?
Vera Dockendorf : "De manière générale, la société tend de plus en plus à déléguer de nombreuses responsabilités à l’école. On attend des enseignants qu’ils règlent tout, sans pour autant leur fournir les outils nécessaires. Lorsque nous sommes confrontés à des comportements violents, nous ne disposons souvent pas des outils adéquats. On nous dit plutôt : 'Vous devez l’accepter, vous devez comprendre'. [...] Si, par exemple, nous devons renforcer les compétences en lecture, on nous retire pourtant une heure qui devrait être consacrée aux langues pour la remplacer par du sport. Il y a donc continuellement des situations où nous alertons sur nos besoins, mais où nous avons le sentiment d'être trop peu écoutés."
Le SEW-OGBL propose ainsi de faire de cette heure de sport une heure obligatoire consacrée à des activités extrascolaires, allant du sport aux échecs, en passant par la cuisine.
Selon le syndicat, de nombreux enfants n’ont aujourd’hui plus aucun loisir en dehors des écrans. La pratique d’une activité sans téléphone portable permettrait non seulement d’améliorer leur bien-être, mais aussi de renforcer les contacts sociaux entre les enfants.