Dans le contexte de l’affaire “Lyhanna” en France, Le procureur d'État a expliqué comment les autorités judiciaires traitent les cas de maltraitance au Luxembourg. Lyhanna est la fillette de 11 ans qui a été tuée il y a quelques semaines par un pédocriminel, connu des autorités depuis 2017 à la suite de plusieurs signalements et même visé par une plainte pour viol l'année dernière. Il n’avait toutefois jamais été entendu par les autorités judiciaires françaises. L’affaire a suscité une vive colère et l'incompréhension de la population face à des "dysfonctionnements manifestes", comme les a qualifiés le président Emmanuel Macron lui-même. Des rassemblements continuent d'avoir lieu en France.
Un grand nombre de personnes ont le sentiment que Lyhanna pourrait encore être en vie si les victimes avaient été davantage écoutées plus tôt et si les choses n’avaient pas traîné autant. Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Luc Frieden, l’association “La voix des survivant(e)s” écrit qu’il est illusoire de penser que le Luxembourg reste épargné par ce phénomène.
Le procureur d’État de Luxembourg n’a pas souhaité commenter l’affaire Lyhanna en détail mercredi matin, expliquant ne pas disposer de toutes les informations.
Au Luxembourg, le nombre de signalements de cas de maltraitance a quasiment doublé entre 2021, où l'on en dénombrait 1.021, et 2025, avec 2.206 cas recensés. La police et le parquet reçoivent des centaines et des centaines de dossiers. Chaque année davantage. Disposons-nous de moyens suffisants pour traiter tous ces cas ? Ces dernières années, les responsables politiques ont effectivement consenti “de très gros efforts”, a répondu David Lentz. Aujourd’hui, au parquet, 15 magistrats se consacrent exclusivement à ces dossiers au sein de la section "protection de la jeunesse". En 2016, lorsqu’il a lui-même commencé à travailler au parquet, ils n’étaient que trois. Et le recrutement devrait encore être accru dans les années à venir.
Le procureur d’État a expliqué mercredi matin qu’il est extrêmement important de signaler immédiatement tout cas de maltraitance à la police dès les premiers soupçons. Il ne faut en aucun cas mener sa propre enquête ni procéder à des auditions qui pourraient influencer l’enfant, afin de ne pas compromettre ses déclarations ultérieures aux spécialistes de la police judiciaire et lors d’un éventuel procès. Dans le cas contraire, la crédibilité de la victime pourrait être mise en doute.
David Lentz partage les critiques d’associations telles que "La voix des survivant(e)s", selon lesquelles les délais au sein de la justice sont trop longs. Ce serait souvent dû aux exigences procédurales, tant au niveau de la police que du parquet. Dans ce contexte, le procureur d’État salue les efforts politiques visant à simplifier certaines procédures. Il est notamment envisagé de supprimer certains recours. L’introduction d’une procédure accélérée est également attendue par le parquet.
La ministre de la Justice, Elisabeth Margue, a d’ailleurs indiqué cette semaine, en réponse à une question parlementaire, qu’une procédure accélérée pour les affaires plus simples devrait être mise en place dès cet été.
Le fait est qu'il y a trois fois plus de dossiers que de créneaux d’audience, selon David Lentz. Le procureur d’État rejette toutefois les critiques selon lesquelles les délais s’allongeraient en raison des vacances judiciaires. "C'est une période de service réduit", mais le travail se poursuit pendant ce temps, "des audiences ont lieu". Là où le bât blesse, c’est au niveau du personnel administratif, qui, contrairement aux magistrats, n’a pas été renforcé.
"Le risque zéro n’existe pas", a souligné le procureur d’État mercredi matin. Il a toutefois assuré que "tout est mis en œuvre pour éviter ce type de situation". De nombreux efforts ont été réalisés par le passé pour renforcer les services compétents, former les intervenants et aussi "lever le tabou" autour de la question des abus. C’est pourquoi les chiffres officieux seraient plus bas au Luxembourg qu’à l’étranger. David Lentz espère que cela restera le cas malgré l’affaire Lyhanna. "Il ne faut pas baisser les bras lorsque quelque chose se passe mal." Une victime ne doit jamais avoir honte et ce devrait être “la chose la plus normale au monde” de signaler un abus et d’y donner suite.