La sécheresse met l’Europe sous pression"Les agriculteurs sont les premières victimes du changement climatique"

Diana Hoffmann
adapté pour RTL Infos
Dans une interview accordée à RTL, le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, explique comment Bruxelles entend réagir et pourquoi, selon lui, l’agriculture est aussi une question de sécurité.
Le commissaire européen Christophe Hansen pose pour une photo avant une interview au siège de l’Union européenne à Bruxelles, le 28 mars 2025.
Photo d'illustration
© JOHN THYS/AFP

De nombreuses régions d’Europe ont subi simultanément les effets de la sécheresse. La France, le sud de l’Allemagne, l’Autriche, la Tchéquie, la Hongrie, le nord de l’Italie ainsi que les pays du Benelux ont notamment été fortement touchés. "Ce qui préoccupe les agriculteurs, c’est la quantité de ce qui est produit. Cela a un impact direct sur leurs revenus", explique le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, après un échange avec des agriculteurs et des représentants du secteur venus de toute l’Europe.

Les cultures d'été telles que le maïs, le soja, les pommes de terre, le blé de printemps ou l’orge de printemps ont particulièrement souffert de la sécheresse. Pour de nombreuses exploitations d’élevage, le plus grand problème n’est toutefois pas la récolte céréalière. La pénurie de fourrage est encore plus dramatique. "Nous constatons que de nombreux agriculteurs sont déjà contraints d’utiliser les réserves qu’ils avaient constituées pour l’hiver afin de réussir à nourrir leur bétail", souligne le commissaire. Certaines exploitations réduisent même leur cheptel en raison du manque de fourrage et de la hausse continue des coûts.

"Les agriculteurs sont les premières victimes du changement climatique", insiste Christophe Hansen. À court terme, l’Union européenne souhaite donc apporter un soutien aux exploitations. Ainsi, les terres en jachère pourront, sous certaines conditions, être utilisées pour la production de fourrage. De même, les agriculteurs ne devraient pas perdre leurs aides européennes même s’ils ne peuvent pas respecter certaines obligations en raison de la sécheresse. Christophe Hansen souligne toutefois que ces mesures ne suffiront pas à elles seules. Outre la diversification des cultures, il faudra également recourir à des pratiques agricoles permettant notamment de mieux retenir l’eau dans les sols.

Lutter contre la réduction du cheptel

Un autre point concerne le recul du cheptel en Europe. Christophe Hansen avertit que cela pourrait également entraîner la disparition d'herbages. Or, ceux-ci permettent de mieux retenir l’eau de pluie, de lutter contre l’érosion et de favoriser l’absorption des engrais organiques. C’est pourquoi l’Union européenne doit trouver un meilleur équilibre entre la protection de l’environnement et la préservation des herbages.

Christophe Hansen souligne également une faiblesse dans le domaine des assurances. En moyenne, dans l’UE, moins de 20 % des surfaces agricoles sont couvertes contre des dommages tels que les épisodes de sécheresse extrême. Au Luxembourg, ce taux est toutefois nettement plus élevé, atteignant environ 43 %. La Commission travaille donc avec la Banque européenne d’investissement à la mise en place d’un système visant à rendre ces assurances plus accessibles et plus abordables financièrement.

Indépendamment de la sécheresse, le manque de liquidités des exploitations agricoles demeure actuellement un problème. Les prix élevés de l’énergie et des engrais exercent une pression supplémentaire sur les agriculteurs. L’UE souhaite donc verser certaines aides plus tôt et appliquer les règles de manière plus flexible lorsque les agriculteurs ne sont pas en mesure de respecter certaines obligations en raison de la sécheresse.

L'importance de la sécurité d'approvisionnement alimentaire

Pour le commissaire à l’Agriculture, le débat va toutefois bien au-delà de la seule question de la sécheresse. La pandémie, la guerre en Ukraine et d’autres crises internationales ont montré à quel point l’approvisionnement alimentaire peut être vulnérable. "Si nous parlons de sécurité sans parler de sécurité d'approvisionnement alimentaire, nous ne couvrons que la moitié du champ de bataille", déclare-t-il. Il ne plaide toutefois pas pour une autarcie complète. L’Europe continuera d’importer des produits tels que le café, le chocolat ou les bananes. Mais l’Union européenne devrait produire suffisamment elle-même afin de ne pas dépendre excessivement d’autres pays en période de crise.

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