
Il est certainement nécessaire de restructurer certaines choses et de réaliser aussi des économies, mais il reste encore de nombreuses questions qui ne sont pas clarifiées. Voilà ce qu’a déclaré la docteure Monique Reiff jeudi matin sur RTL, au sujet du nouveau projet de loi 8760, qui permettra désormais aux médecins de s’associer pour monter un cabinet ambulatoire, lequel devra toutefois rester conventionné à un hôpital.

La présidente de l’association "Médecins du secteur hospitalier" (MSH), Monique Reiff, explique que le rôle des nouvelles structures ambulatoires qui pourront être fondées par des médecins et seront liées à un hôpital, n’est pas encore clairement défini. La question se pose notamment de savoir en quoi ces nouvelles structures se distingueront des antennes hospitalières existantes et comment la collaboration avec les hôpitaux sera concrètement organisée.
"À quoi cela va-t-il ressembler ? Et l’hôpital est-il réellement intéressé à conclure un agrément avec une association de médecins ? Et que se passe-t-il si une association de médecins se constitue et que l’hôpital ne donne pas son agrément ?"
Il est important que la pluridisciplinarité soit réellement vécue à l’hôpital. Mais les médecins hospitaliers ont des inquiétudes concernant le financement. Si, à l’avenir, ce sont surtout les cas complexes et plus chronophages qui y sont traités, les hôpitaux pourraient ne plus parvenir à se financer avec la tarification à l’acte, car les facteurs "temps" et "complexité" n’y sont pas pris en compte.
L’association se montre également sceptique par rapport à l’idée d’intégrer des médecins issus de structures ambulatoires dans le système de garde des hôpitaux. "Comment peut-on assurer une garde dans un hôpital si l’on n’y travaille pas, si l’on n’est pas intégré à ce système, si, disons, on ne connaît pas les procédures ni les programmes informatiques ?"
Monique Reiff plaide plutôt pour que les structures ambulatoires mettent en place leurs propres systèmes de garde, de sorte qu’elles soient aussi présentes le week-end pour leurs patients, qu’elles connaissent, car sinon ceux-ci se retrouveront à nouveau tous aux urgences ou dans les policliniques. Et l’on sait à quoi cela ressemble.
La ministre a également annoncé mercredi quatre nouveaux réseaux de compétences dans les domaines du Covid long, de l’endométriose, de la ménopause et des troubles du neurodéveloppement. Une initiative saluée par l’association des médecins hospitaliers : "car je pense que, ne serait-ce que pour ces pathologies, le simple fait que l’on en parle, qu’elles soient mieux prises en charge et prises plus au sérieux, est déjà important. [...] Le Covid long, mais aussi la fatigue post-infectieuse, que nous connaissons depuis longtemps, pas seulement à cause du Covid, est également très pertinent, car ces patients se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes. Et il n’est pas rare qu’ils soient stigmatisés."
Le développement neurologique chez les jeunes est également un sujet qui mérite davantage d’attention. Toutefois, le personnel spécialisé nécessaire devra aussi être disponible, par exemple des neuropédiatres, pour pouvoir mettre en œuvre ces structures avec succès. À ce niveau-là, la mise en œuvre semble encore très complexe.
Les médecins hospitaliers soutiennent également les revendications de l’ANIL (l’Association nationale des infirmières et infirmiers du Luxembourg) en faveur de davantage d’autonomie. Les infirmiers et infirmières spécialisés en particulier pourraient jouer un rôle important dans la prise en charge multidisciplinaire des patients. Une autonomie accrue permettrait d’améliorer la qualité des soins. "Je pense que la profession de médecin se spécialise de plus en plus. À mon avis, cela doit aussi s’appliquer à la profession d'infirmier et, du point de vue du secteur hospitalier, nous saluons toutes les compétences et responsabilités qu’une infirmière peut assumer."
L’idée d’un hôpital universitaire au Luxembourg est réaliste, estime Monique Reiff. En réalité, cela signifie simplement qu’une université collabore étroitement avec un hôpital. Cela signifie que l’accent est mis sur la formation des médecins. Toutefois, cela nécessite une planification d’ensemble approfondie. Avec les quatre grands hôpitaux du pays, il faudrait créer une structure commune et unique afin de mieux coordonner la formation, la recherche et la formation continue.
"Si nous parlons d’un master, alors nous devons, au plus tard dès maintenant, commencer à tenter très concrètement de planifier à quoi cela devra ressembler en pratique."
L’intelligence artificielle est déjà utilisée dans les hôpitaux aujourd’hui, notamment pour établir des diagnostics radiologiques, explique la neurologue. On en est encore au commencement, mais il est important de faire avancer ces technologies dans un cadre sécurisé. Il ne s’agit pas d’utiliser un système comme ChatGPT, mais plutôt un système alimenté par des données scientifiques. En particulier pour la documentation, l’IA pourrait alléger les tâches d’écriture, de sorte que les consultations puissent être documentées directement.
En même temps, elle met en garde contre les limites des systèmes actuels. L’IA pourrait faire gagner du temps aux médecins, mais elle aurait aussi pour effet que les patients arrivent de plus en plus informés, ou parfois mal informés, aux consultations.