
La table ronde organisée par l'ASBL jeudi dernier était intitulée "Mourir aujourd’hui et demain" et a permis de constater d’importantes lacunes dans les domaines de l’euthanasie et des soins palliatifs au Luxembourg.
Dix-sept ans après l’entrée en vigueur de la loi sur l’euthanasie au Luxembourg, de nombreuses questions restent sans réponse et, dans la pratique, certaines zones grises sur le plan juridique compliquent inutilement la fin de vie, tant pour le patient que pour le médecin.
Du côté politique, des réticences subsistent quant à une adaptation ou une modernisation de la loi, sans pour autant la modifier de fond en comble, selon la Commission nationale de contrôle de l’euthanasie et l’ASBL "Mäi Wëllen, Mäi Wee".
Jean-Jacques Schonckert, avocat et président de l'ASBL, et François Prum, avocat et président de la Commission précitée, estiment que les enfants et les adolescents devraient eux aussi pouvoir obtenir le droit à l’euthanasie. Ils déplorent toutefois que la réflexion politique ne semble pas aller dans cette direction.
La loi manque de précision et elle est encore trop souvent cible de la désapprobation de beaucoup, qui jugent inacceptable que l'être humain puisse décider lui-même de sa fin de vie, estime le psychiatre Marc Graas. Selon lui, nous sommes placés sous tutelle : à l’heure actuelle, nous ne pouvons par exemple pas déterminer à l’avance de quelle manière nous souhaitons mourir si nous sommes un jour atteints de démence. En tant que citoyens, nous disposons de droits que le législateur, cependant, ignore.
Un seul centre de soins palliatifs, Haus Omega, est loin d’être suffisant au Luxembourg, critique Ben Thill, médecin spécialiste en soins palliatifs. La Sarre, qui compte moins du double d’habitants, en dispose de 15, ainsi que de 10 unités de soins palliatifs et de 10 équipes ambulatoires.
Selon le spécialiste, il y aurait intervention de médecins incompétents. Il qualifie le Luxembourg de "pays en voie de développement en matière de soins palliatifs".
En tant qu'infirmière, Cilly Soragna possède une expérience aussi bien des soins palliatifs que de l’euthanasie. Elle sait que les deux doivent pouvoir exister, selon ce que souhaite pour elle-même la personne qui souffre. Celle-ci doit être accompagnée dans chacune de ses décisions.
Tous les intervenants se sont accordés sur la nécessité de revoir la loi sur l’euthanasie après 17 ans, et sur le fait que la société a besoin d’un tel débat.