
En attendant, une quarantaine de personnes ont dû être relogées en urgence, dans un contexte où les capacités d’accueil du pays sont quasiment saturées. Certaines ont passé de longues semaines dans la structure d'accueil Tony Rollmann au Kirchberg, faute de places disponibles ailleurs. Parmi elles, Osman J., un jeune demandeur d’asile de 21 ans originaire du Sierra Leone, qui a récemment adressé un courrier personnel au gouvernement pour dénoncer sa situation.
Après l’incident à Esch, Osman avait été transféré provisoirement au Primo-Accueil. On lui avait annoncé un séjour de quelques jours ; il y est finalement resté plusieurs mois, sans recevoir de véritables informations de l’ONA. Il raconte avoir vécu quatre mois dans la structure d’urgence du Kirchberg, une période qui l’a poussé à ses limites physiques et mentales. Il est aujourd’hui installé à Diekirch, mais peine à s’adapter à ce nouveau cadre. À Esch, il disposait d’une chambre individuelle, pouvait cuisiner lui-même et bénéficiait d’un suivi régulier avec son assistante sociale. "Pourquoi ne pouvons-nous pas récupérer notre foyer à Esch, là où nous vivions une vie paisible ?", écrit-il dans son courrier, regrettant la perte de ce quotidien plus stable.
Interrogé sur l’avancement des travaux à Esch, le ministre de l’Accueil Max Hahn n’a pas pu donner de date. Il rappelle que le système d’hébergement est en permanence sous tension : 98 à 99 % des lits disponibles sont occupés. Selon lui, les structures de l’ONA doivent être considérées comme des solutions temporaires et non comme du logement abordable. Il insiste sur la nécessité pour les réfugiés d’apprendre rapidement les langues et de trouver un emploi afin de quitter les structures dès que possible. Depuis deux mois, l’accès au marché du travail a d’ailleurs été simplifié pour les personnes ayant demandé une protection internationale : elles peuvent désormais travailler après quatre mois de présence au Luxembourg, sans devoir obtenir une autorisation d’occupation temporaire.
Osman maîtrise l’anglais et le français, mais n’a pas encore réussi à décrocher un emploi. Parti de son pays à 17 ans, il a traversé la Turquie, la Grèce et la France avant d’arriver au Luxembourg début 2024. Sa première demande d’asile a été refusée ; il a contesté la décision et attend une réponse. Cette incertitude administrative décourage certains employeurs, explique-t-il.
Pour désengorger les structures existantes, Max Hahn compte aussi sur les communes. L’objectif n’est pas d’augmenter indéfiniment le nombre de lits, mais de pouvoir fermer des structures trop anciennes en ouvrant, à travers le pays, des unités plus petites et mieux réparties. Une manière, espère-t-il, de rendre l’accueil plus fluide et plus digne, malgré une pression constante sur les capacités du Grand-Duché.