
Sur les marchés financiers, le prix du gaz européen a atteint 72 euros le mégawattheure, alors qu'il oscille habituellement entre 30 et 50 euros. Le premier groupe énergétique du Grand-Duché a acheté suffisamment de gaz pour couvrir les besoins de cette année, selon le directeur d’Encevo, Claude Seywert. Les factures seront toutefois "légèrement" plus élevées l'an prochain. Il a néanmoins souligné que, même dans ce cas, elles resteront inférieures à celles observées durant les trois années qui ont suivi le début de l’invasion russe de l’Ukraine.
La hausse actuelle des prix est liée à l’attaque américano-israélienne contre l’Iran à la fin du mois de février, alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait entraîné un passage d’un approvisionnement par gazoducs à un approvisionnement par méthaniers transportant du gaz naturel liquéfié. C’est pourquoi la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz a eu un impact plus important.
Tout cela explique également pourquoi les réserves européennes de gaz n’atteignaient que 65 % de leurs capacités à la fin du mois d’août, alors que l’année dernière, l’Europe allait vers l’hiver avec des stocks remplis à 83 % en octobre. Depuis le printemps, les fournisseurs européens ont cherché à acheter moins de gaz à des prix élevés. Le directeur d’Encevo, tout comme le ministre de l’Économie et de l’Énergie, Lex Delles, se veulent toutefois rassurants : il n’y aura pas de pénurie. Comme plusieurs autres petits pays de l’Union européenne, le Luxembourg n’est tenu de stocker que 15 % de sa consommation annuelle de gaz, et cet objectif est atteint à 90 %. Claude Seywert a néanmoins souligné qu’avec des réserves moins importantes, l’Union européenne dispose évidemment de moins de flexibilité et que, si la consommation de gaz augmentait, il faudrait acheter du gaz plus cher.
Concernant les prix de l’électricité, Claude Seywert a par ailleurs maintenu les déclarations qu’il avait faites à la fin du mois de mai. Selon lui, ils n’augmenteront pas cette année non plus, car les achats nécessaires pour 2026 ont déjà été entièrement réalisés et une grande partie des besoins pour l’année prochaine a également été sécurisée.
Si les factures de gaz n’ont pas encore sensiblement augmenté, voire n’ont pas augmenté du tout, le carburant est en revanche redevenu nettement plus cher à la pompe. Pour le ministre de l’Économie et de l’Énergie, Lex Delles, cela démontre que les subventions sur le carburant, le gaz et l’électricité, décidées lors de la Tripartite du 8 juin, étaient les bonnes mesures pour freiner l’inflation et protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
Dans le même temps, Lex Delles indique que l’État ne peut réagir que "de manière limitée" aux évolutions des prix. C’est pourquoi la décarbonation et l’électrification doivent être poursuivies de manière conséquente. À ce sujet, il a rappelé les projets de réforme des aides financières publiques à la transition énergétique (panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur, véhicules électriques) portés par son collègue du gouvernement, le ministre de l’Environnement Serge Wilmes.
Le directeur d’Encevo résume quant à lui la situation simplement : "L’efficacité énergétique est toujours une bonne chose. Pour le portefeuille comme pour le climat."
Les mesures issues de la Tripartite et destinées à compenser les hausses de prix, arriveront à échéance à la fin de l’année. Mais le ministre de l’Économie et de l’Énergie a déclaré qu’il ne voulait pas "se risquer à lire dans une boule de cristal". Selon lui, la situation est "extrêmement volatile", autrement dit, susceptible de changer à tout moment. Il a souligné qu’il était très difficile d’établir des prévisions pour l’année prochaine. En effet, des élections de mi-mandat auront lieu en novembre aux États-Unis et les effets du phénomène climatique El Niño sur l’Europe durant l’hiver ne pourront être évalués avec certitude qu’au moment où ils se produiront.
L’accord tripartite du 8 juin prévoit qu’une réunion entre le gouvernement, le patronat et les syndicats se tienne au plus tard en octobre afin d’assurer le suivi des mesures. Aucune date précise n’a toutefois été fixée à ce stade.