Association des agents pénitentiaires"Nous avons besoin de plus de personnel pour garantir la sécurité"

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
"Plus de personnel !" C’est la principale revendication adressée aux responsables politiques par le président de l’AAP, l’Association des agents pénitentiaires du Grand-Duché de Luxembourg. Samir Djennas était l’invité de la rédaction de RTL ce lundi matin.
Samir Djennas - Administration Pénitentiaire
Samir Djennas - Administration Pénitentiaire
© Annick Goerens

Mardi dernier, un détenu a violemment agressé un surveillant au centre pénitentiairer de Givenich. L’Association des agents pénitentiaires a immédiatement réagi en rappellant la réalité du métier et les risques auxquels les agents sont confrontés au quotidien dans les établissements pénitentiaires du pays. Le président de l’association, Samir Djennas, était l’invité de la rédaction de RTL ce lundi matin.

Plus de personnel pour plus de sécurité

Plus de 50 agressions ou tentatives d’agression ont été commises l’année dernière contre des agents pénitentiaires. Un chiffre en légère hausse. “Empêcher cela, ce n’est pas possible. Vous savez bien dans quel milieu nous travaillons.,” souligne le président de l’AAP. Il s’agit de personnes différentes, avec des caractères différents, et il y a aussi différentes manières pour les agents de réagir. Ce n’est pas différent lors d’une intervention de la police. Pour garantir davantage de sécurité, il faut tout simplement plus de personnel.

Nous travaillons dans des conditions absolument minimales au quotidien, où la sécurité n’est alors plus forcément garantie.” Il n’y a ni assez d’agents pour les déplacements avec les détenus, ni pour assurer une présence auprès d’eux. Environ 600 agents sur les trois sites (la prison de Schrassig, la prison préventive d’Uerschterhaff et le centre de semi-liberté de Givenich) ne suffisent pas pour assurer une permanence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Comme les établissements fonctionnent au strict minimum, les directions doivent régulièrement rappeler des agents en congé ou lors de leur jour de repos, “ce qui n’est pas optimal pour le moral des agents.

Pourquoi la relève n’est pas assurée ?

Il manque de nouveaux candidats. Mais ce n’est pas dû au fait que le métier est trop dangereux, estime Samir Djennas. Il y a aussi des services très agréables, et “ce n’est pas sans arrêt comme dans les séries Netflix, où tout est sur le point de dégénérer”. Peut‑être que cela vient du fait que la profession est moins visible. On entend en réalité très peu parler de la prison. Il faudrait simplement faire davantage de publicité vers l’extérieur et recruter plus, explique le président de l’Association des agents pénitentiaires.

Les prisons sont saturées, “les émotions sont à vif”

Les structures, surtout à Schrassig et à Uerschterhaff, sont complètement saturées. Plus les établissements sont pleins, plus l’ambiance est tendue et plus cela devient dangereux pour les agents pénitentiaires. Les détenus disposent de moins d’espace, et lorsqu’il y a une telle surpopulation, il n’est plus possible de garantir un transfert vers d’autres lieux lorsque certains ne s’entendent pas entre eux.

Que, pour cette raison, des mineurs, comme l’adolescente de 14 ans qui avait poignardé une camarade de classe au Limpertsberg, se retrouvent en prison avec des adultes, aucun acteur ne trouve cela acceptable, pas même les agents pénitentiaires. Un mineur est évidemment encadré différemment et séparé des adultes autant que possible. Mais lorsqu’il n’y a plus de place dans les autres structures, il ne reste aucune autre option que d’accueillir le mineur et de faire de son mieux pour assurer la situation.

L’irrespect augmente et le seuil d’inhibition baisse

Samir Djennas travaille depuis 12 ans comme agent pénitentiaire, et le métier a beaucoup changé durant cette période. Les agents ne sont plus seulement les “geôliers”, chargés d’ouvrir et fermer les cellules, mais ils accomplissent beaucoup plus de travail social. Mais les détenus ont aussi changé. Ils ne respectent plus l’uniforme. Le manque d’inhibition et la propension à la violence ont augmenté. En plus, des menaces sont faites régulièrement. Et le seuil d’inhibition n’a plus rien à voir avec ce qu’il était encore il y a quelques années. Pour illustrer cela, il cite une phrase d’hommes plus âgés : “Avant, on se battait devant le café, puis on allait boire un verre ensemble à l’intérieur. Aujourd’hui, quand on voit qu’au lycée déjà, on sort un couteau, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin de ce que cela donne chez nous, concentré dans un même lieu.

On réfléchit trois fois à l’endroit où l’on va ensuite avec les enfants

La prison est évidemment un environnement négatif, et cela a aussi des répercussions sur les agents pénitentiaires. Avant tout, il faut garder à l’esprit que les agents sont enfermés avec les détenus et qu’ils développent un lien tout autre avec eux. Mais cela permet aussi à ces derniers d’obtenir des informations très différentes sur les gardiens. Ils connaissent leur visage et leur nom, et selon le détenu concerné et son comportement, cela peut avoir des conséquences à l’extérieur. On réfléchit donc trois fois à l’endroit où l’on va ensuite avec ses enfants. “Je ne vais pas avec mes enfants à la Foire le soir à 17 h. […] Il y a, dans la société civile, des personnes qui évitent déjà certains lieux pour des raisons précises, alors qu’elles n’ont pas, elles, ce contact quotidien et direct avec les détenus comme nous l’avons.

Le gel au poivre prend la poussière dans l’armoire

On ne porte évidemment pas d’armes en prison. Mais des “appareils de pulvérisation de substances irritantes” ont bien été achetés, et des formations ont été organisées pour pouvoir l’utiliser. Pourtant, à ce jour, les bombes lacrymogènes au poivre restent dans l’armoire à prendre la poussière. “Je ne sais pas pourquoi”, ajoute encore Samir Djennas, président de l’AAP, l’Association des agents pénitentiaires.

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