“Je me sens bien pour l’instant, mais le fait de le savoir me fait quand même peur”, explique Djuna Bernard, députée et porte-parole des Verts pour les questions de santé. Depuis quelques jours les résultats de son analyse sanguine et ceux de sa collègue Joëlle Welfring, ex-ministre de l’Environnement, sont tombés. Toutes deux vivent avec des PFAS dans leurs organismes. Sur les 13 PFAS analysées, quatre ont été trouvées dans le sang de Djuna Bernard et cinq chez Joëlle Welfring.
Elles s’y attendaient évidemment. Mais en voyant les concentrations écrites noir sur blanc “je réalise de plus en plus qu’il y aura des répercussions sur ma santé à cause de ces PFAS. Ça aura des conséquences sur mon système immunitaire, sur ma fertilité. Mais ça pourrait aussi avoir des conséquences sur ma santé globale”, analyse Djuna Bernard, 33 ans.

“On a fait cette analyse, parce qu’on voulait savoir où on se trouve par rapport à la moyenne européenne et... on est en plein dedans!” résume Joëlle Welfring. Ces analyses sanguines leurs permettent de “montrer que c’est un problème généralisé. On est tous plus ou moins concernés parce qu’il s ‘agit de substances qui se trouvent partout autour de nous”, résume Joëlle Welfring.
Les PFAS, c’est-à-dire les produits chimiques per- et polyfluoroalkylées qu’on appelle plus communément les “polluants éternels”, ce sont plus de 14.000 substances, utilisées dans de nombreux processus industriels et dans l’agrochimie, de sorte qu’on les retrouve ensuite dans les produits cosmétiques, électroniques, dans les revêtements des poêles, les textiles résistants à l’eau, les emballages ou les médicaments par exemple.
Invisibles et toxiques pour l’Environnement, les PFAS sont partout. Dans l’eau potable, l’air, le sol, les denrées alimentaires, bref d’innombrables produits que nous consommons. Et les PFAS inquiètent parce qu’ils restent très longtemps, là où ils sont. “C’est ça qui souligne l’urgence d’agir rapidement”, lance l’ex-ministre de l’Environnement.
Face à cette urgence, “il ne faut pas perdre de temps. Il faut investir maintenant dans les alternatives et permettre aux entreprises de faire cette transition vers des produits qui ne contiennent pas de PFAS”, explique Tilly Metz, eurodéputée verte. Car pour bien des produits fabriqués, il existe déjà une alternative plus saine et quand ce n’est pas encore le cas, “il faut massivement investir dans la recherche”, souligne l’eurodéputée.
Tout comme il existe une solution politique. Elle s’appelle “révision de REACH”, du nom de la réglementation européenne sur les produits chimiques. Car “c’est le seul instrument qui nous permettrait clairement d’interdire des PFAS dans certaines substances et de prévoir une feuille de route pour sortir par étapes des PFAS”, rapporte Tilly Metz. L’ennui, c’est que “sa révision a été repoussée”, regrette l’eurodéputée luxembourgeoise en montrant du doigt les lobbyistes.
Elle relève toutefois que grâce à la directive européenne sur l’eau potable, “au moins on trace déjà les PFAS dans l’eau, soit 20 différents PFAS. Avec des limites très claires de 500 nanogrammes par litre, qui sont le maximum toléré. Mais dans l’étude qui a été faite par PAN Europe, à laquelle le Luxembourg a participé, on a des taux qui sont, pour la plupart au-dessus des 500 nanogrammes.”
Vu les effets négatifs sur la Santé et sur l’Environnement, il est temps d’agir. Concrètement au Luxembourg, “il s’agit en priorité de protéger mieux nos ressources d’eau potable. Il faut désigner des zones de protection et y restreindre l’utilisation de pesticides qui contiennent des PFAS”, pose Joëlle Welfring.
Les Verts réclament au gouvernement CSV-DP un Plan anti-PFAS avec des mesures claires et un calendrier contraignant, l’arrêt des PFZAS à la source en ciblant en priorité les zone de protection de l’eau et une règlementation plus stricte des PFAS-pesticides. “Je pense qu’il faudrait agir surtout au niveau des pollueurs, donc de l’industrie”, lance Djuna Bernard.
Certains pays comme la France, le Danemark ou la Suède ont déjà pris des mesures pour stopper la progression des polluants éternels. “Ils n’attendent pas qu’on agisse au niveau européen avant de faire quelque chose au niveau national”, glisse Joëlle Welfring.
Vu ses “potentialités énormes”, le Luxembourg “pourrait vraiment être un exemple pour faire avancer les choses”, juge Tilly Metz. Elle cite le combat en pointe du Luxembourg pour supprimer le glyphosate, “même si Bayer a attaqué cette décision, ça montre que ça peut marcher. On pourrait aussi citer la gratuité des transports publics. Je dis toujours que Luxembourg peut être un laboratoire génial pour l’Union Européenne, parce qu’il y a les chemins courts, l’innovation et les moyens financiers”.
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