
Les résultats d’une enquête menée par la Fedil auprès de 92 entreprises industrielles, présentés mercredi à la presse en présence de trois ministres, montrent que le secteur va recruter environ 3.000 personnes au cours des deux prochaines années, soit 53 % de plus que lors de la précédente enquête de 2024. La moitié de ces 3.000 postes concernent les métiers de l’industrie et des processus industriels. Avec 590 postes, les besoins sont également importants dans la construction. Par ailleurs, près de 400 personnes seront recherchées dans l’informatique et près de 400 pour des postes administratifs. Un peu plus de la moitié des embauches seront de nouveaux postes, le reste des remplacements.
Le directeur de la Fedil, René Winkin, s’est dit confiant que, malgré “la concurrence d’une autre ligue” - entendre la place financière et l’État - il sera possible de trouver des personnes pour tous ces postes. L’industrie luxembourgeoise est, selon lui, “absolument attractive” par rapport à l’étranger, et attire par l’aspect “manuel” au contraire d’autres métiers ou encore par d’autres opportunités de carrière. Il a cependant clairement indiqué qu’il faudra des personnes venant “d’ailleurs” pour “compléter les effectifs”.
Le ministre de l’Éducation, Claude Meisch, a confirmé cela : “En termes de chiffres, avec ce qui sort de nos écoles, nous remplaçons en fait au mieux ce qui part à la retraite.” Sur les 6.000 élèves d’une classe d’âge, environ trois quarts sont qualifiés, a ajouté le ministre, qui se dit également optimiste quant à la possibilité d’améliorer cela grâce à “toute une série d’initiatives”.
En ce qui concerne les qualifications recherchées dans l’industrie, la demande pour des titulaires d’un bachelor a fortement augmenté, et le bachelor est requis dans un tiers des intentions d’embauche des entreprises. Vient ensuite le DAP, le diplôme d’aptitude professionnelle, puis le diplôme de technicien. Cette liste montre que les compétences techniques et informatiques, ou les deux, sont de plus en plus nécessaires, selon les représentants de la Fedil.
La ministre de la Digitalisation et de l’Enseignement supérieur, Stéphanie Obertin, y voit pour sa part une confirmation que l’industrie est en pleine mutation. L’enquête de la Fedil aide à identifier les besoins et à savoir comment adapter les programmes. Mais “bachelors et masters s’adaptent beaucoup plus difficilement et lentement que, par exemple, le BTS (brevet de technicien supérieur)”, a expliqué la ministre. C’est pourquoi ces derniers seront développés davantage.
Autour de la table, chacun a un peu hésité à répondre à la question provocatrice : pourquoi faire des études pour ensuite aller travailler dans l’industrie, où l’on gagne en moyenne moins que dans la fonction publique ou sur la place financière ? Le ministre du Travail, Marc Spautz, a finalement osé : “J’en connais beaucoup qui veulent aller travailler pour l’État. Mais j’en connais aussi beaucoup qui disent : ‘je préfère d’abord acquérir une pratique, je veux travailler en entreprise’. Je connais même quelqu’un qui a démissionné de la fonction publique et qui a dit ‘je préfère aller travailler dans le secteur privé’.” Cela existe aussi, même si c’est plus “rare”. Celui qui fut mécanicien et syndicaliste avant de devenir responsable politique a toutefois averti que le “patron” (au sens patron de couture, ndlt) qui, il y a 40 ans, pouvait peut‑être convenir pour toute une vie, n’existe plus.
Pour être embauché, il faut aujourd’hui s’attendre à devoir s’adapter ou se reconvertir. Quels profils sont donc inscrits à l’Adem, ou quels diplômes ne trouvent pas de postes parmi ceux qui s’ouvrent ? La directrice de l’Adem, Isabelle Schlesser, a répondu qu’on ne pouvait “pas dire globalement” que des personnes s’étaient mal orientées. On constate souvent que les diplômes de personnes venant de pays tiers ne sont pas seulement non reconnus, mais ne correspondent souvent pas non plus aux besoins du marché.
Les jeunes inscrits à l’Adem ne sont pas forcément des personnes titulaires de diplômes en histoire de l’art ou d’autres filières exotiques comme la biologie marine. Il y a aussi des économistes ou des juristes, et même parfois des journalistes. Il faut donc que chacun fasse preuve d’ouverture, mais les entreprises aussi, a ajouté Isabelle Schlesser.
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