
Nous vivons une époque où de nombreux consommateurs n’ont plus de lien direct avec les producteurs de denrées alimentaires et où, effectivement, il y a de moins en moins d’exploitations agricoles au Luxembourg.
Le métier d’agriculteur est-il encore adapté à notre époque ? La réponse de Gilles Eyschen, qui, avec son frère Steve, invitait dimanche le public à découvrir leur exploitation moderne à Redange-sur-Attert, est clairement oui! Du moins tant que la famille joue le jeu.
Leur ferme est une exploitation familiale typique, comme il y en a beaucoup au Luxembourg. Au début des années 2000, Gilles et Steve ont repris l’exploitation de leurs parents.
"Au départ, nous étions installés au milieu du village. L’exploitation n’y avait absolument plus d’avenir, il n’y avait tout simplement pas de place. Nous avons donc commencé en 2012 à développer notre site ici, progressivement. À l’époque, nous avons commencé avec 25 vaches laitières, car il existait des quotas laitiers. Mais nous savions que ces quotas allaient disparaître. Nous nous sommes alors pleinement spécialisés dans la production laitière, si bien qu’aujourd’hui nous avons 160 vaches laitières sur notre site", explique Steve Eyschen.
Steve Eyschen compare le métier d’agriculteur à de l'artisanat.
"Bien sûr, il n’est pas toujours facile de trouver du personnel pour nos exploitations, des personnes qui souhaitent vraiment s’y investir. Nous faisons face à une forte concurrence de la part de l’État et des communes, car beaucoup de gens veulent seulement travailler du lundi 8h jusqu’au vendredi 16h."
L’automatisation et les robots ont facilité le travail dans les exploitations agricoles modernes. Mais le modèle économique doit tenir la route pour pouvoir investir. Au-delà de cela, le métier d’agriculteur reste une passion. Mais une question se pose immédiatement : ce métier est-il encore adapté à notre époque ? Sous-entendu au niveau de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
Sam Mille, président du Service Jeunesse de la Centrale paysanne, soulève une question : "Il faut d’abord se demander pourquoi les jeunes ne veulent plus reprendre l’exploitation de leurs parents. Je pense que, dans la plupart des cas, ils voient leurs parents travailler à la maison. Ils voient combien ils travaillent. Et alors, beaucoup se disent : je vais plutôt aller travailler, faire mes 40 heures par semaine et tirer un trait le soir."
En général, dans notre société, on dit que le travail doit être rentable. Chez l’agriculteur, le salaire du travail est souvent directement réinvesti dans l’exploitation.
"Tout le capital dont dispose l’agriculteur se trouve ici, sur ce site. Cela signifie que tout est visible au même endroit. Et comme nous l’avons entendu chez Gilles, cela n’a pas été construit en une année, ni même en une seule génération. Ce sont nos parents, nos grands-parents, qui ont déjà travaillé à cela pour que ce que nous voyons aujourd’hui existe. Cela peut sembler beaucoup aujourd’hui, mais c’est le fruit de 75 ans de travail."
Le ministre du Travail Marc Spautz a souligné qu’au-delà des quelque 4.500 emplois directs, de nombreux autres dépendent encore de l’agriculture. De son côté, la ministre de l’Agriculture Martine Hansen a rappelé un point essentiel : une agriculture moderne produit, en accord avec la nature, des produits régionaux dont nous connaissons l’origine. Consommer et boire local permet de soutenir l’agriculture.