
Le ministère de la Santé a prolongé de 21 mois la suspension provisoire du docteur Philippe Wilmes, initialement décidée en janvier 2026. La mesure, prise sur base de la loi du 29 mars 1983, reste limitée aux actes de chirurgie orthopédique.
Cette décision fait suite au rapport unanime d’un collège de trois experts, qui ont relevé des indications opératoires jugées injustifiées dans les dossiers examinés. La suspension, présentée comme une mesure de précaution, restera en vigueur durant l’instruction menée par le Collège médical afin de garantir la protection de la santé publique.
Le chirurgien orthopédiste est suspendu depuis trois mois déjà. Il est reproché à Philippe Wilmes d’avoir opéré des ligaments croisés sains. Concrètement, il s’agit de dix cas qui devaient être évalués par trois experts. Entre‑temps, la ministre de la Santé Martine Deprez a reçu ce rapport et, sur cette base, elle a annoncé mardi que Philippe Wilmes resterait partiellement suspendu pour 21 mois supplémentaires. Cela signifie que le médecin est autorisé à effectuer des consultations, mais qu’il ne peut toujours pas pratiquer d’interventions chirurgicales.
“Il n’a eu aucune chance de se libérer de la vision préconçue des experts", affirme l’avocat de Philippe Wilmes, Maître François Prum. La mission des experts consistait à analyser trois points : l’articulation du genou était‑elle saine, une intervention était‑elle nécessaire et quelles en étaient les conséquences. "Personne ne consulte un médecin avec un genou en parfaite santé", contextualise l’avocat, tout en critiquant le fait que les experts se soient uniquement appuyés, dans leur analyse, sur les images IRM. Or, celles‑ci ne constituent qu’un des éléments permettant d’évaluer si une intervention est justifiée. "Pour eux, il n y avait que les IRM, et rien d'autre que les IRM", déclare François Prum. Pourtant, dans ces cas‑là, il ne s’agissait pas seulement de déterminer si un ligament croisé était sain ou non, mais bien d’évaluer l’ensemble de l’articulation du genou. Lors d’une arthroscopie, on peut souvent mieux constater ce qui ne va pas. Or, ces images‑là n’ont pas été prises en compte.
Deux mondes différents se heurteraient ici l’un à l’autre, selon l’avocat. D’un côté, les médecins qui abordent la question sous un angle hautement spécialisé, et de l’autre, les autres. Parmi les premiers figurent ceux qui prennent le parti du Docteur Wilmes. L’avocat et le médecin ont notamment consulté des spécialistes aux États‑Unis, en France et au Luxembourg afin d’obtenir leur avis. Tous critiqueraient le rapport des trois experts français.
Le rapport d’expertise a été finalisé le 17 avril. Le 16 avril, Philippe Wilmes a pu s’expliquer devant les experts par visioconférence entre 19h et 21h. Toutefois, seuls quatre cas ont été abordés, dont le quatrième était celui d’une patiente qui aurait été extrêmement satisfaite du résultat de l’intervention. Après ce cas, il lui aurait été signifié que la discussion tournait en rond et la consultation aurait été interrompue. "Ils avaient rédigé cette expertise. Elle était tout simplement prête et ils ont seulement voulu échanger avec le Docteur Wilmes pour la forme. Mais leur opinion était arrêtée", reproche l’avocat.
En outre, ni les témoignages des assistants présents lors des interventions, ni les rapports opératoires accompagnés d’images issues des arthroscopies n’auraient été pris en compte par les experts. Le rapport serait succinct et pas détaillé, selon François Prum. Les dix cas n’auraient pas été analysés individuellement, mais traités par simple copier‑coller.
Quant à la suite de la procédure, François Prum explique qu’il faut désormais examiner comment aborder la situation. Le rapport ne pourrait pas être accepté en l’état. Une interdiction d’opérer pendant deux ans constitue une décision sévère. Ils vont tenter de produire un autre rapport d’expertise afin de démontrer que les trois experts ont mal interprété la situation. Philippe Wilmes est d’avis que le rapport est erroné et que les interventions étaient nécessaires dans tous les cas. Certains dossiers concernent par ailleurs des patients qui étaient très satisfaits et qui sont ensuite retournés consulter le médecin. Il est envisagé de contester la décision de la ministre, prise sur la base de ce rapport. L’espoir est ainsi de voir établir un nouveau rapport et qu’une autre décision soit prise, soit par la ministre elle‑même, soit par le tribunal administratif.
Une instruction disciplinaire menée par le Collège médical est également en cours à l’encontre du docteur Philippe Wilmes. 30 cas soumis à cet organe sont en cours d’analyse. La ministre de la Santé a désormais fixé la suspension partielle à une durée totale de deux ans, afin de permettre la conduite de cette instruction disciplinaire. Dans ce cadre, l’avocat espère qu’une enquête plus approfondie sera menée et que l’innocence de son client pourra être établie.