
C'est à guichets fermés que la soprano russe Anna Netrebko se produira à la Philharmonie ce lundi soir. Un concert qui suscite toutefois de vives critiques en raison de la guerre en Ukraine. Dans un communiqué, l’ambassade d’Ukraine se dit profondément préoccupée : la chanteuse d’opéra aurait soutenu Vladimir Poutine par le passé et représenterait l’establishment culturel russe. La Philharmonie souligne pour sa part que la chanteuse s’est exprimée contre la guerre par le passé.
"Tout ce qui ne se distancie pas clairement de Poutine est, au final, avec Poutine", déclare Claude Radoux, consul honoraire d’Ukraine au Luxembourg. Il n’entend pas se rendre devant ou à la Philharmonie pour manifester lundi soir, mais il a été contacté par l’ambassadeur ukrainien et partage sa préoccupation. Anna Netrebko serait perçue comme très proche du régime de Poutine.
"Cela vaut aussi pour d’autres représentations d’artistes russes qui ne prennent pas clairement leurs distances vis-à-vis de la guerre : pour la communauté ukrainienne à travers le monde, comment dire, c'est perçu comme une provocation, et c'est un peu vu comme un soutien, ou du moins comme une forme de caution, à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine."
La Philharmonie ne souhaite pas accorder d’interview sur ce sujet. Dans un communiqué, l'établissement culturel indique qu’elle considère que la culture, et en particulier la musique, constitue un espace de dialogue.
“Nous comprenons que la venue d’Anna Netrebko puisse susciter des préoccupations auprès d’une partie du public, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine. Mais notre mission est de veiller à ce que la Philharmonie demeure un espace qui rassemble et favorise le dialogue, y compris en temps de crise et de conflit,” peut-on lire dans le
communiqué de la Philharmonie. Il est aussi souligné qu’Anna Netrebko s’est exprimée contre la guerre en Ukraine par le passé et que la soprano se produit également dans d’autres opéras et salles de concert en Europe.
Après le début de la guerre, plusieurs opéras occidentaux avaient annulé les concerts d’Anna Netrebko. Celle-ci avait alors publié une déclaration affirmant qu’elle était opposée à la guerre et qu’elle n’était membre d’aucun parti.
La soprano est ensuite restée en retrait pendant plusieurs mois, puis elle s’est de nouveau produite à travers l’Europe, mais non sans critiques et protestations.
Les arguments avancés ne convainquent pas Claude Radoux. Selon lui, le gouvernement russe est responsable de la guerre, et cela doit être clairement énoncé.
"Après la guerre, personne ici n’a dit : 'Oh, nous devons faire la paix avec les Allemands'. Non, il faut aussi à un moment donné dire clairement - comme on dit en allemand, “Ross und Reiter” (désigner les responsables) - il faut dire qui est le bon et qui est le mauvais. Et cela ne se passe pas comme dans une cour d’école, où tout le monde se réconcilie et ensuite tout va bien. Je pense que c’est un peu ce qui est attendu aujourd’hui. Et s’il y a eu des représentations ailleurs, oui, mais elles ont aussi suscité des contestations. Cela revient régulièrement, que ce soit de la part de la communauté ukrainienne ou du côté officiel ukrainien."
Sollicité par RTL, le ministre de la Culture Eric Thill n’était pas disponible pour une interview pour des raisons de temps. Dans une réponse écrite, il est indiqué, que le ministre n’intervient pas dans la programmation, mais qu’il reste en contact avec les institutions.
"Dans ce cadre, la Philharmonie nous a confirmé que sa programmation repose sur des critères artistiques et professionnels. Tous les artistes invités doivent respecter le cadre légal et adhérer aux valeurs fondamentales de notre société : le respect de la dignité humaine, la diversité et l’égalité, ainsi que le rejet de toute forme de racisme, de discrimination, de haine ou d’incitation à la violence."
Voilà ce qui est stipulé dans le communiqué du ministère de la Culture. La Philharmonie avait déjà été critiquée il y a quelques mois en raison de sa programmation. En novembre, l’Orchestre philharmonique d’Israël s’y était produit, ce que certains avaient perçu comme une tentative de blanchiment de l’image des actions du gouvernement israélien.