Guerre au Moyen-OrientLes prix du pétrole vont-ils rester élevés ?

Reuters
À l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines en Iran, les marchés boursiers mondiaux ont bondi et les prix du pétrole brut ont chuté après des semaines de fluctuations. Cependant, l’incertitude demeure, et les craintes de dommages financiers durables se sont installés. De nombreux économistes pensent que le prix du pétrole va rester élevé au moins jusqu'à la fin de l'été.

La baisse spectaculaire du prix du diesel de plus de 30 centimes au Luxembourg est-elle durable ? Les prix des carburants à la pompe vont-ils retrouver rapidement leurs niveaux d'avant la guerre ? Rien n'est moins sûr d'après de nombreux économistes.

Les bourses ont les yeux rivés sur les pourparlers qui pourraient se tenir entre les délégations iranienne et américaine au Pakistan, laissant entrevoir un possible apaisement des tensions au Moyen-Orient.

Sur les marchés mondiaux, "optimisme et prudence s’équilibrent", selon Andreas Lipkow, analyste de CMC Markets.

Avec les pourparlers à venir, les cours du pétrole restent sous la barre symbolique des 100 dollars le baril ce vendredi matin. Mais la situation reste très fragile. "L'instabilité géopolitique liée au conflit au Moyen-Orient reste forte", notent les analystes de Briefing.com.

L'euphorie peut vite retomber

Les regards sont notamment braqués sur le détroit d'Ormuz, annoncé rouvert dans le cadre de la trêve mais qui pourrait être miné, selon la mise en garde de Téhéran.

"Si l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran a initialement provoqué une forte réduction de la prime de risque géopolitique (...), le marché s'est rapidement recentré sur la réalité sous-jacente: le détroit d'Ormuz reste fortement contraint et le système pétrolier mondial fonctionne loin de la normale", souligne Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières pour Saxo.

Le détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale contrôlée par Téhéran qui l'avait bloquée ces dernières semaines, reste en effet au cœur des préoccupations, sa réouverture étant une condition du cessez-le-feu.

Donald Trump a mis en garde l'Iran contre la mise en place de tout péage pour les navires souhaitant traverser le détroit.

Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le début de la trêve, a franchi jeudi le détroit, mais le trafic est encore loin d'un retour à la normale.

"Le meilleur scénario serait qu'un accord soit conclu pour rouvrir le détroit", relève Kathleen Brooks, directrice de recherche à XTB. "Si cela ne se produit pas, nous pourrions assister à un sérieux accès d'aversion au risque (...) avec une flambée des prix du pétrole."

Les prix de l’essence aux États-Unis, actuellement au-dessus de 4 $ le gallon, pourraient continuer à augmenter suite aux rapports indiquant que l’Iran a fermé le détroit d’Hormuz, en réponse aux bombardements israéliens intensifs au Liban, selon les médias iraniens.

Mais même si le détroit reste ouvert, les prix de l’essence pourraient encore augmenter, car les chaînes d’approvisionnement ont besoin de temps pour se rétablir après une réduction des livraisons de pétrole. Les cargaisons retardées doivent être traitées et les stocks reconstitués.

Indépendamment de la réouverture du détroit, les compagnies maritimes pourraient hésiter à y envoyer des navires puisque les détails du transit n’ont pas encore été fournis. Bernard Aw, économiste en chef pour l’Asie-Pacifique chez Coface, a déclaré à Time Magazine que "même dans le meilleur des cas, les prix sont peu susceptibles de chuter fortement ou immédiatement". Il a ajouté que, bien qu’un cessez-le-feu puisse réduire la volatilité "en quelques semaines", une baisse significative des prix du pétrole et de l’essence prendrait probablement entre 3 et 6 mois.

Selon l'économiste, le décalage entre les prix du pétrole et ceux des carburants s’explique par "la structure en couches des prix : stocks existants, marges de raffinage, coûts de distribution et taxes".

Jamus Lim, professeur associé en économie à l’ESSEC Business School, a indiqué au magazine que les prix du pétrole brut pourraient rester autour de 100 $ le baril jusqu’à la fin de l’été.

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