Près de 2.000 personnes (1.949) ont été interpellées jeudi en France dans le cadre du mouvement de blocage des lycées, essentiellement pour atteinte aux personnes dépositaires de l'autorité publique, violences et attroupements, a annoncé le ministère de l'Intérieur.
Au cours de la journée, la place Beauvau a décompté 305 policiers et gendarmes blessés, le ministre Laurent Nuñez condamnant "une violence débridée".
En tout, 340 actions étaient en cours dans la matinée devant des lycées et 169 blocages ont été comptabilisés, selon les remontées policières.
En Ile-de France, plus de 200 lycées étaient perturbés, dont une cinquantaine "le théâtre de violences, d’affrontements et de dégradations", selon la Région.
Dans plusieurs villes, des poubelles ont été renversées sur la chaussée, des feux allumés, des projectiles lancés, des abribus brisés et des feux d'artifice et des gaz lacrymogènes tirés, ont constaté les journalistes de l'AFP.
La préfecture de Meurthe-et-Moselle serre la vis. Dans un arrêté publié ce jeudi, le préfet Yves Séguy interdit l’achat, la vente, le transport et l’utilisation d’artifices de divertissement des catégories F2 et F3, ainsi que des aérosols et produits inflammables, sur une large partie du département. La mesure s’applique du 1ᵉʳ octobre à 14h jusqu’au 16 octobre 2026 à 18h, dans la Métropole du Grand Nancy et dans les 14 communes qui disposent d’au moins un lycée, de Longwy à Pont-à-Mousson en passant par Lunéville et Villerupt.
Concrètement, les particuliers n’ont plus le droit de détenir ou d’utiliser des pétards et autres articles pyrotechniques sur la voie publique, ni de les transporter dans les bus, trains ou autres transports collectifs. L’arrêté vise également le transport de carburants, combustibles et gaz inflammables, y compris les aérosols, lorsqu’ils sont contenus dans des jerricans ou des récipients portables.
La préfecture justifie ces restrictions par un impératif de sécurité. Elle rappelle que ces produits peuvent être détournés pour servir d’armes par destination, comme cela s’est produit ce jeudi dans le département. Le préfet appelle les lycéens à la responsabilité et demande aux parents de vérifier ce que leurs enfants transportent, afin d’éviter tout incident.
Cette mesure temporaire doit permettre de prévenir les risques dans un contexte jugé sensible autour des établissements scolaires. Les contrôles seront renforcés durant toute la période d’application de l’arrêté.
A Nantes, un "incendie volontaire", dont l'origine n'a pas été précisée, a été déclenché dans le hall du lycée Nelson Mandela. A Marseille, le proviseur adjoint et deux autres personnels du lycée Victor Hugo ont été éclaboussés par des "individus qui mettaient de l’essence dans des conteneurs", a précisé le rectorat.

Des incidents violents ont également eu lieu à Besançon, et à Toulouse où des jeunes ont envahi certaines artères et les rails du tramway, bloquant complètement la circulation en certains points.
A Strasbourg, la circulation des trams a été interrompue pour "limiter les mouvements des manifestants".
"On manifeste contre les classes surchargées, contre ce gouvernement qui dépense des millions dans des pochettes anti-téléphone mais n'investit pas dans du chauffage, des climatisations, les salaires de nos profs, a expliqué à l'AFP Maëlle, élève de 16 ans, au lycée Malherbe de Caen. Certains ont mis le feu à des poubelles, je préférerais qu'ils manifestent par des mots plutôt que par ces actions".
"On veut le bac, pas la BAC", affichait un panneau en carton brandi par un manifestant à Lille: "L'Etat ne veut pas comprendre que nous, on fait ça pour nos études, pas pour faire le bordel", ont déclaré à l'AFP trois lycéennes lilloises de 15 ans, se faisant appeler Jojo, Léa et Mala.
Appelant à un "acte deux" après la première mobilisation nationale de mardi, les étudiants ont rejoint le mouvement jeudi, avec une trentaine de campus bloqués, selon le syndicat l'Union étudiante.
Des collèges ont aussi rejoint le mouvement, comme dans le Rhône où la préfecture en a comptabilisé 5 sur 36 établissements mobilisés.

Face à la situation, le Premier ministre, Sébastien Lecornu a convoqué une réunion de crise jeudi à 13h au ministère de l'Intérieur.
Sébastien Lecornu avait dénoncé lundi sur le réseau X une "surenchère irresponsable" d'élus de la France insoumise qui avaient appelé, comme le député Louis Boyard, à "étendre" le mouvement de blocage des lycées.
Le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon lui avait aussitôt répondu en l’accusant d'avoir "ordonné la répression" du mouvement "avec un arrière-goût raciste évident", et en appelant élus et militants LFI à s'"interposer partout où" ils le peuvent.
Pour tenter d'apaiser la colère des lycéens, le ministre de l'Education Édouard Geffray avait lui proposé mercredi, l'ouverture d'une "plateforme de concertation" à laquelle "tous les lycéens pourront contribuer". Il rencontrait jeudi matin à Versailles des lycéens élus du conseil académique de la vie lycéenne (CAVL).
"Nous avons dépassé une ligne rouge. On éborgne la jeunesse comme ils ont fait avec les gilets jaunes", a réagi auprès de l'AFP Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne (USL), que ces annonces n'ont pas calmé.
Les politiques ont multiplié les réactions face à la gestion du mouvement: Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a fustigé "l'irresponsabilité du gouvernement" tandis que Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a appelé à faire interdire LFI, "un parti qui essaie d'organiser l'insurrection" avec les blocages des lycées.

Trois enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN, la police des polices, après que des lycéens ont été blessés lors de blocages d'établissements. Mercredi, à Tours, un jeune homme a été blessé à la tête et hospitalisé pour des lésions "compatibles" avec un tir de LBD, selon la procureure de la République de cette ville.
"Ce sont des mineurs qui sont en face des forces de l'ordre. Évidemment, il y a un usage très proportionnel" des "armes intermédiaires", notamment du gaz lacrymogène, a expliqué le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez mercredi.
Pendant que les lycéens se mobilisaient, le gouvernement a présenté jeudi matin son projet de budget. Il a notamment prévu pour les étudiants non boursiers, de faire payer 178 euros de droits annuels en BTS et 270 euros pour ceux en classes préparatoires aux grandes écoles.