Sommet en ColombieUne "nouvelle puissance" pour sortir des énergies fossiles

AFP
La cinquantaine d'Etats qui participent cette semaine en Colombie à une conférence inédite sur la sortie des énergies fossiles pour tenter de contourner la paralysie des COP onusiennes forment une "nouvelle puissance", a déclaré dimanche à l'AFP son organisatrice Irene Velez Torres, la ministre colombienne de l'Environnement.
La ministre colombienne de l'Environnement, Irene Velez, s'exprime lors d'un entretien avec l'AFP à Santa Marta, en Colombie, le 26 avril 2026, en marge de la Conférence internationale sur la transition juste vers l'abandon des énergies fossiles
La ministre colombienne de l'Environnement, Irene Velez, s'exprime lors d'un entretien avec l'AFP à Santa Marta, en Colombie, le 26 avril 2026, en marge de la Conférence internationale sur la transition juste vers l'abandon des énergies fossiles
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Visage de ce sommet parallèle que snobent les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, Etats-Unis, Chine ou Russie notamment, l'ancienne ministre colombienne des Mines et de l'Energie entend avancer avec les pays désireux d'accélérer la transition énergétique. 

L'AFP l'a rencontrée dimanche en amont des discussions de haut niveau entre ministres et envoyés spéciaux pour le climat, prévues les 28 et 29 avril dans le port de Santa Marta, sur la mer des Caraïbes.

QUESTION: Les plus gros émetteurs d'énergies fossiles au monde ne sont pas à Santa Marta, leur absence menace-t-elle la crédibilité de cet événement?

RÉPONSE: On peut voir les choses autrement. Lorsque les plus gros émetteurs ont été présents aux négociations des COP, ce sont eux qui ont brandi le veto pour empêcher tout débat sur la nécessité d'aller au-delà des énergies fossiles.

Aujourd'hui, cela vaut la peine de se concentrer sur les plus de 50 pays présents, représentant près de 50% de la population mondiale, y compris des pays consommateurs, des pays producteurs et des pays vulnérables du Sud et du Nord.

En ce sens, nous sommes aujourd'hui une nouvelle puissance.

Q: Mais leur absence ne va-t-elle pas amoindrir l'autorité d'un accord à l'issue du sommet de Santa Marta?

R: Pas du tout, car nous n'attendons pas de déclaration conjointe ni de nouveaux accords contraignants entre pays. Nous attendons des solutions, et celles-ci ne dépendent pas nécessairement de qui sont les plus grands émetteurs. Nous espérons qu'ils nous rejoindront à un moment donné.

Q: Cette conférence se déroule en parallèle et en marge des négociations climatiques de l’ONU. Cela traduit-il une frustration croissante face aux limites des sommets annuels des COP?

R: Le multilatéralisme est en crise, mais nous n'en concluons pas qu'il faudrait y renoncer. 

Au contraire, nous avons besoin d'un multilatéralisme plus profondément ancré dans les populations et pas uniquement dans les gouvernements, les prismes idéologiques ou les lobbys économiques. Nous avons besoin de nouveaux alignements, de nouvelles alliances. 

Q: Est-ce la fin des COP?

R: Les COP ont démontré une capacité de dialogue, mais aussi des limites. L'une de ces limites tient à la manière dont le lobby de l'industrie pétrolière a faussé les thèmes pouvant ou non être abordés lors des COP.

Autre limite, la méthode du consensus, qui s'est traduite par un veto de facto à l'encontre de pays comme la Colombie qui souhaitent des discussions plus ambitieuses sur les décisions liées notamment aux combustibles fossiles. 

D'autre part, il existe un problème méthodologique qui a limité la prise en compte des voix de la société civile.

Q: Quels résultats concrets cette conférence va-t-elle produire?

R: Tout d'abord, le lancement du premier groupe d'experts scientifiques dédié à la transition énergétique. Ce groupe sera en mesure de conseiller les villes, les régions, les pays et les coalitions dans l'élaboration de "feuilles de route" pour leur propre transition énergétique.

Nous attendons également une synthèse des contributions des gouvernements, de la société civile, du secteur privé, des syndicats et des personnes présentes ici.

Ce rapport sera soumis à la présidence de la COP30 et à celle de la COP31 afin de contribuer à la feuille de route mondiale visant à sortir des énergies fossiles.

Q: La Colombie, tout en prônant la transition vers les énergies propres, est un grand producteur de charbon et de pétrole. Comment le gouvernement du président (de gauche) Gustavo Petro gère-t-il ce paradoxe?

R: Ce que nous avons fait, c’est annoncer qu'il n'y aurait ni nouveaux contrats d'hydrocarbures ni expansion de l'exploitation minière du charbon. Grâce à ces décisions, nous avons simultanément encouragé des économies productives fondées sur la production alimentaire, le tourisme et l'industrialisation. 

L'année 2025 a montré, pour la première fois, que les exportations en termes de transferts de fonds et de devises étrangères provenant du café étaient supérieures à celles du charbon. 

Et 2025 a également été la première année où la Colombie a produit plus d'énergie à partir de sources renouvelables non conventionnelles, en particulier le solaire, qu'à partir du charbon.

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