GastronomieAprès la mort de son père, la cheffe de "Chez Doudou" veut "laisser une trace"

Raphaël Ferber
Installée depuis moins d’un an à Luxembourg-ville, la cheffe Marie Doumbè s’apprête à ouvrir un nouvel espace baptisé "Chez Doudou Tapas". Un projet né dans un contexte très personnel: la disparition de son père, qui l’a poussée à repenser sa cuisine et l’avenir de son établissement.
La cheffe Marie Doumbè dans la future partie « Chez Doudou Tapas » de son restaurant à Luxembourg-ville.
La cheffe Marie Doumbè dans la future partie “Chez Doudou Tapas” de son restaurant à Luxembourg-ville.
© Raphaël Ferber / RTL Infos

Dans la cuisine de “Chez Doudou”, un plat ne disparaîtra désormais jamais de la carte. Le Mbongo Tchobi, un mets traditionnel camerounais aux épices torréfiées, tient une place à part dans l’histoire de la cheffe Marie Doumbè. “C’est mon père qui le cuisinait. Aujourd’hui, je le fais exactement comme il le faisait quand j’étais petite”, confie-t-elle. “C’est le seul plat qui ne disparaîtra jamais de ma carte.”

Installée depuis mai dernier place François-Joseph Dargent à Luxembourg-ville, la restauratrice a traversé ces derniers mois une période charnière. Le décès de son père, en début d’année, l’a amenée à réfléchir différemment à son travail et à sa vie personnelle. “Je passe énormément de temps au restaurant et je voyais peu ma famille. Dans ce métier, on rate beaucoup de moments importants. On peut dire que j’ai des regrets.”

Cette disparition l’a poussée à revoir certaines priorités. “J’ai décidé de prendre davantage de temps pour moi, de simplifier ma carte et de me recentrer sur deux bases: une cuisine 100% africaine basée sur les épices, associée à des produits européens.”

Un nouvel espace “tapas” au restaurant

C’est dans cet esprit qu’elle lancera le 23 avril un nouveau concept au sein même de son établissement: “Chez Doudou Tapas”. Installé dans la partie surélevée du restaurant, cet espace proposera un service continu, distinct de celui du restaurant principal.

Au menu: des tapas africains servis par trois, entre 14 et 20 euros. On y retrouvera notamment certaines spécialités revisitées en format à partager, comme le gombo, le Mbongo Tchobi ou encore des brochettes suya accompagnées d’une sauce au beurre de cacahuète, gingembre et piment d’oiseau, avec galettes de banane plantain.

La carte des boissons suivra la même logique d’inspiration africaine. Les cocktails, avec ou sans alcool, seront élaborés à partir d’ingrédients comme le baobab, le gingembre, l’ananas, la goyave ou le fruit de la passion. “L’idée est de permettre aux gens de voyager”, explique la cheffe. Des vins d’Afrique du Sud seront également proposés.

En parallèle, Marie Doumbè a décidé de franchir une nouvelle étape en déposant le nom “Chez Doudou” auprès de l’Office Benelux de la propriété intellectuelle (BOIP). Une démarche qui vise à protéger l’identité de son projet et à préparer l’avenir.

“Je ne voulais pas forcément faire ça au départ”, reconnaît-elle. “Mais la disparition de mon père m’a poussée à aller plus loin.” Le nom “Doudou” est d’ailleurs lui-même chargé d’histoire: il associe le patronyme de son père, Doumbè, à celui de sa marraine, Doumbia.

Ce dépôt de marque pourrait lui permettre, à terme, de commercialiser certains produits sous son nom. Parmi les premières pistes figurent des infusions inspirées de ses recettes, baptisées “Doudou Drink”, mêlant notamment gingembre, romarin, citron ou baobab.

Une réflexion sur l’avenir du métier

Si son restaurant “fonctionne globalement bien” depuis son arrivée à Luxembourg-ville, la cheffe ne cache pas mener une réflexion plus large sur son avenir dans la restauration. “J’ai été surprise par le chiffre d’affaires, qui est bon depuis le déménagement. La clientèle est un peu plus exigeante, mais c’est normal.”

Pour autant, elle imagine déjà une évolution à plus long terme. “Faire de la restauration, être au contact des gens, c’est bien. Mais à un moment donné, c’est aussi important de se retrouver soi-même.” Son idée, à terme, serait de développer davantage l’activité de traiteur et de réduire la restauration traditionnelle.

“Je ne dis pas que je vais arrêter tout de suite. J’ai signé un bail et je me vois bien rester encore plusieurs années. Mais l’idée serait peut-être un jour de faire du traiteur: venir pour un événement, cuisiner, puis rentrer chez moi.”

En attendant, Marie Doumbè continue de faire évoluer sa cuisine. Depuis quelques mois, elle s’autorise davantage d’expérimentations, notamment en intégrant des épices africaines jusque dans ses desserts. “Maintenant que mon père est parti, je me lâche un peu plus”, confie-t-elle.

Une manière, peut-être, de prolonger l’héritage culinaire qui l’a accompagnée depuis l’enfance. “Je veux laisser une trace”, résume la cheffe.

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