
Et si la cuisine portugaise entamait, au Luxembourg aussi, sa montée en gamme ? C’est en tout cas le pari du restaurant Atypic, installé dans le quartier d’Eich depuis l’été 2025. Après sept années passées à Mersch, ses gérants, Paulo Rodrigues et Ana Estanqueiro, ont décidé de revoir en profondeur leur proposition. Depuis la semaine dernière, la carte a été entièrement repensée autour d’un concept de “petiscos”, ces petites assiettes à partager, dans l’esprit des tavernes modernes qui émergent au Portugal.
Pour impulser ce virage, Paulo Rodrigues est allé chercher du renfort à Lisbonne. Il a pris contact avec Ljubomir Stanisic, figure incontournable de la scène gastronomique et de la télévision portugaise. Faute de disponibilité, ce dernier lui a envoyé son bras droit : Eugeniu Musteata, aujourd’hui consultant pour Atypic.
“Je lui ai donné carte blanche”, confie le gérant, amusé. “Je lui suggère parfois des choses, mais il ne m’écoute pas vraiment. Il a sa propre idée.”
Derrière ce repositionnement, une volonté claire : casser l’image d’une cuisine portugaise jugée trop souvent figée ou adaptée au goût local.
“Je trouve que la cuisine portugaise s’est trop adaptée au Luxembourg”, tranche Paulo Rodrigues. “On trouve du cordon bleu et des bouchées à la reine dans beaucoup de restaurants portugais. Nous, on veut transmettre quelque chose de différent.”
Dans l’assiette, cela se traduit par une succession de plats à partager : pataniscas de morue accompagnées d’une mayonnaise à la coriandre, croquettes de joue de bœuf, “peixinhos da horta” revisités avec un chimichurri, ou encore tartare de betterave aux herbes. Des recettes traditionnelles, retravaillées avec une touche plus contemporaine.
Le tout s’inscrit dans une tendance plus large. Selon plusieurs observateurs, le Portugal connaît actuellement une véritable montée en gamme de sa gastronomie. Une dynamique illustrée récemment par l’arrivée de nombreux nouveaux restaurants étoilés, mais aussi par le succès croissant de ces tavernes modernes, qui revisitent les classiques en format plus accessible.
C’est précisément cette évolution que souhaite incarner Eugeniu Musteata. “J’ai envie de proposer une cuisine portugaise traditionnelle, mais avec une touche de glamour”, explique-t-il. “La cuisine au Portugal est très différente selon les régions. On veut en montrer toute la richesse.”
Le chef insiste également sur l’évolution du regard porté sur cette gastronomie : “L’opinion du monde a changé ces dix dernières années. Beaucoup de gens viennent désormais au Portugal pour manger.”
Une transformation qui passe aussi par la formation. “Dans les années 2000, on apprenait surtout les bases de la cuisine française. Aujourd’hui, la cuisine portugaise est beaucoup plus présente dans les écoles. Le service et les accords mets-vins ont aussi évolué.”
À Luxembourg, le projet reste encore en phase d’ajustement. Présent de manière ponctuelle, Eugeniu Musteata supervise le développement de la carte, tandis que le chef Marcelo Branco assure le fonctionnement quotidien en cuisine.
“J’ai commencé ici il y a trois semaines”, explique ce dernier. “On travaille encore sur l’organisation. Je fais remonter les retours des clients et de l’équipe pour affiner les plats.”
La carte est d’ailleurs amenée à évoluer régulièrement, certains plats disparaissant au fil des semaines pour laisser place à de nouvelles propositions.
Autre particularité : l’absence de carte des vins. Un choix assumé par le gérant, qui préfère privilégier l’échange direct avec les clients, les références portugaises étant encore peu connues du grand public.
Reste à convaincre une clientèle locale, notamment une importante communauté portugaise attachée à ses repères culinaires.
Un défi que le restaurant semble prêt à relever, tout en conservant un lien avec son passé. Ironie du sort, un arrêt de bus situé juste en face de l’établissement relie directement Eich à Mersch, permettant à certains fidèles de continuer à fréquenter l’adresse… malgré le déménagement.
À terme, Atypic prévoit également l’ouverture d’un espace bistrot, avec une ambiance plus décontractée, toujours autour de ces “petiscos”.
Preuve que derrière ce changement de cap, l’ambition est claire : s’inscrire dans une nouvelle manière de faire vivre la cuisine portugaise, entre tradition assumée et modernité revendiquée.