Visé par plusieurs plaintesA Bastogne, les pros et les antis Patrick Bruel s’affrontent

Luc Suriant
La venue du chanteur en pleine tourmente judiciaire s’invite dans toutes les conversations et les avis sont bien tranchés.
© ALAIN JOCARD/AFP

La Nuts City était rayonnante ce dimanche à l’occasion de Liège-Bastogne-Liège. La présence d’Albert de Monaco avait ajouté un peu de prestige à la «Doyenne». Baignées par un généreux soleil, les terrasses n’ont pas désempli. Les touristes y côtoient les habitués et s’y inviter est source de convivialité à tous les coups. On y parle de la course pour les plus sportifs, des potins pour d’autres et notamment d’un sujet qui enflamme la ville depuis des semaines: la venue du chanteur Patrick Bruel le dimanche 28 juin dans le cadre du Bastogne Summer Festival.

Le chanteur de 67 ans est aujourd’hui visé par plusieurs accusations de violences sexuelles avec trois enquêtes ouvertes en parallèle. Deux en France, une en Belgique. Sa présence n’est, pour l’instant, pas remise en cause. La dernière prise de parole du bourgmestre Benoît Lutgen à ce sujet remonte à quelques semaines. Il évoquait l’Etat de droit et la présomption d’innocence tout en invitant les organisateurs à rester vigilants sur l’évolution du dossier. Une position saluée par le très populiste Cyril Hanouna.

Il n’y aura certainement pas de condamnation d’ici le mois de juin. Alors, on refait le match en terrasse. «C’est honteux», avance Patricia. «Il y a un faisceau d’indices qui montre qu’il s’agit bien d’un prédateur. Par respect pour les victimes, c’est la moindre des choses de le déprogrammer. Quelle sale image notre ville va-t-elle montrer!»

La quadragénaire rejoint un mouvement initié par une cinquantaine d’artistes, collectifs et associations féministes qui ont signé une pétition pour faire annuler la tournée «Alors regarde».

Les organisateurs dans l’embarras

Philippe, le mari de Patricia, est plus indécis et préfère déguster sa bière que se mêler au débat. Au contraire de Martine, vent debout contre une possible annulation. «C’est toujours la même chose dans ce genre d’affaires. Il suffit qu’une voix s’élève pour qu’une dizaine lui emboîtent le pas. Ce sont des profiteuses», lance cette fan de la première heure du chanteur, qui reconnaît avoir déjà été l’applaudir à une vingtaine de reprises. «Il y a cette jalousie que le succès engendre. J’ai pris deux tickets dès que la prévente s’est ouverte et je compte bien arriver dans les premières pour me placer aux premières loges.»

On devine l’embarras des organisateurs probablement pas insensibles au développement d’une affaire qui a pris de l’épaisseur ces dernières semaines. Mais il y a surtout un engagement contractuel qui pourrait coûter énormément d’argent en cas de renoncement de la part de l’organisation.

Le Bastogne Summer Festival, qui cherche à s’implanter dans le paysage de la Nuts City, n’a pas les moyens de grands festivals qui pourraient se permettre de zapper le chanteur.

Les prochaines semaines s’annoncent tendues avec de possibles manifestations et des partenaires de l’événement loin d’être ravis d’associer leur image à celle d’une personne devenue pour le moins clivante.

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