Devoir de mémoireDes Iraniens en exil ont manifesté à Luxembourg-ville

Diana Hoffmann
adapté pour RTL Infos
Une douzaine d'Iraniens exilés se sont réunis samedi à Luxembourg pour commémorer les milliers de victimes des exécutions de masse perpétrées en Iran en 1988 et pour appeler à la poursuite de la pression politique sur Téhéran.

Samedi après-midi, une douzaine d'Iraniens exilés se sont rassemblés place Clairefontaine à Luxembourg-Ville pour commémorer les massacres de 1988 et, par la même occasion, attirer l'attention sur les violations actuelles des droits de l'homme en Iran.

Il s'agit d'une manifestation dédiée aux victimes d'un type de victimes qui, comme le soulignent les organisateurs, existent encore aujourd'hui en Iran : des jeunes, des étudiants, des professeurs d'université et des citoyens ordinaires qui se sont dressés contre le régime. Les photographies affichées place Clairefontaine par l'Association humaniste pour les droits de l'homme et la démocratie en Iran et l'Association des jeunes Iraniens au Luxembourg témoignent de leurs visages.

Des manifestations ont lieu actuellement dans de nombreuses villes européennes en mémoire des milliers de victimes du massacre de 1988. Les exécutions ont été perpétrées par des commissions de la mort, conformément à une fatwa émise par l'ayatollah Rouhollah Khomeiny quelques mois après la fin de la guerre Iran-Irak. Amnesty International estime aujourd'hui à 5.000 le nombre de victimes. Des organisations en exil avancent un chiffre bien plus élevé, jusqu'à 30.000.

"Le régime poursuit sa stratégie"

Lors de la commémoration place Clairefontaine, Aysan Saber, de l'Association des jeunes Iraniens du Luxembourg, a déclaré : "Malgré le temps écoulé, le régime poursuit sa stratégie", en exécutant des innocents qui s'opposaient à lui et osaient protester. Montrant des photographies, elle a précisé qu'il s'agissait de personnes exécutées ces derniers mois.

L'objectif principal des manifestants est d'attirer l'attention sur la situation des droits humains en Iran. Ils attendent du Luxembourg et de l'Union européenne qu'ils condamnent fermement les exécutions et qu'ils accentuent la pression sur l'Iran, notamment en interrompant les relations commerciales. Les liens économiques de l'UE avec l'Iran se sont déjà considérablement affaiblis en raison des sanctions.

Témoignages personnels d'emprisonnement et de perte

Les manifestants savent par expérience personnelle comment le régime iranien réprime l'opposition. Majid Aghasani, trésorier de l'association, raconte avoir été arrêté en 1982, alors étudiant de 19 ans, pour activité politique après avoir distribué des tracts. "J'ai passé six ans en prison politique", explique-t-il, dont deux dans la salle d'attente de son exécution. Il n'a pu s'échapper que grâce à un membre de sa famille qui avait des relations auprès d'un juge. Il vit au Luxembourg depuis 2003.

Farideh Absalan, la présidente de l'association, a partagé un témoignage personnel. Deux de ses frères, a-t-elle raconté, ont été tués par le régime. L'un d'eux, arrêté à l'âge de 16 ans alors qu'il était lycéen, a passé cinq ans en prison avant d'être exécuté. L'autre avait 20 ans lorsqu'il a été tué par le régime. Sa famille avait été prise pour cible, a-t-elle expliqué, car elle soutenait l'Organisation des Moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI), un mouvement d'opposition iranien en exil qui milite pour un changement de régime.

Une opposition contestée et des appels à des élections démocratiques

Un portrait de Maryam Rajavi, présidente du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), était également exposé place Clairefontaine. Le CNRI est considéré comme le bras politique des Moudjahidines du peuple. Les manifestants estiment que leur mouvement d'opposition pourrait jouer un rôle dans la reconstruction du pays en cas de changement de régime. Cette organisation demeure controversée au sein de la communauté iranienne en exil.

Dans le même temps, les manifestants affirment que l'avenir du pays doit se décider par des élections libres et démocratiques. Leur slogan principal, selon Majid Aghasani, est "Ni Shah ni Mollah". Ils s'opposent aux anciens monarques, explique-t-il, qui ont eux-mêmes instauré une dictature, et au régime actuel, qu'ils qualifient de dictature religieuse. Il estime qu'il y a, à son avis, suffisamment d'intellectuels en Iran pour reconstruire le pays.

D'après les manifestants, la récente guerre a considérablement aggravé la situation en Iran. Outre une forte inflation, des difficultés économiques et un approvisionnement précaire en eau et en électricité, il est devenu encore plus difficile pour beaucoup de s'organiser ou de descendre dans la rue. Comme l'a déclaré Farideh Absalan, le peuple iranien est, pour ces raisons, incapable de réagir.

Pour les organisateurs, cette commémoration ne concerne donc pas seulement les victimes de 1988, mais aussi les personnes qui sont encore persécutées et tuées aujourd'hui en Iran en raison de leurs opinions politiques.

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