
L’emploi progresse plus lentement et la population vieillit. "Il ne faut pas se voiler la face : notre système ne deviendra pas moins coûteux", a déclaré la ministre de la Santé Martine Deprez jeudi matin sur RTL. Elle a affirmé qu’il ne fallait pas en arriver à une médecine à deux vitesses, mais que le système de santé devait devenir "plus efficient".
Depuis deux ans, le déficit financier de l’assurance maladie ne cesse de croître. Pour 2026, un déficit d’environ 130 millions d’euros est attendu et les réserves pourraient passer l’an prochain sous le seuil légal de 10 % des dépenses globales. Lors de la réunion quadripartite de mercredi, qui a réuni l'ensemble des acteurs du secteur de la santé, des pistes représentant 95 millions d’euros d'économies, ont été discutées. Pour Martine Deprez, il ne s’agit pas de mesures d’économie, mais de mesures visant à réduire les dépenses.
Il s'agirait de lutter plus fermement contre les fraudes, notamment en engageant le dialogue avec les médecins qui délivrent un nombre visiblement élevé d’arrêts maladie. L’absentéisme abusif des assurés ne relèverait toutefois pas, aux yeux de la ministre, de la fraude à proprement parler, mais d’un autre dossier.
Il s'agirait également de tenter de raccourcir les séjours à l’hôpital. "Parfois, une personne reste un jour de plus à l’hôpital parce que rien n’est en place à son domicile pour assurer son suivi. C’est pourquoi nous travaillons sur l’hospitalisation à domicile, afin que les patients puissent, le cas échéant, être surveillés chez eux 24 heures sur 24 et qu’un service de garde soit disponible pour intervenir si nécessaire", a expliqué Martine Deprez.
Afin de réduire le gaspillage de médicaments, des boîtes entières ne seraient plus délivrées systématiquement. Les médicaments les plus coûteux ne seraient plus prescrits directement. Les médicaments plus chers ne sont-ils pas meilleurs ? "Il existe des recommandations internationales montrant qu’il est possible de commencer avec des traitements moins coûteux", selon la ministre.
Fallait-il en arriver à un déficit financier de la Caisse nationale de Santé pour mettre en place des mesures pourtant évidentes ? La ministre de la Santé s’est placée du côté des responsables de la CNS, qui, chaque année, examinent leurs finances. L’an dernier déjà, il avait été décidé qu’il fallait agir, et un comité stratégique ainsi que des groupes de travail ont été mis en place.
L’assurance maladie doit donc réduire son déficit de 95 millions d’euros. Une décision sera prise à l’automne, mais si les mesures ne suffisent pas et que la réserve passe sous le seuil légal, des hausses de cotisations ne sont pas exclues, a indiqué la ministre. "L’an dernier, cette option était déjà sur la table, avec une hausse globale de 0,25 %, soit 0,125 % pour les assurés et 0,125 % pour les employeurs".
Une autre possibilité est une intervention de l’État, ce qui est déjà le cas avec 39 plus 20 millions d’euros prévus pour cette année et l’année prochaine. Le prochain point d’évaluation est fixé au printemps 2028, pour déterminer si le budget de l’État devra à nouveau être sollicité ou non.
Pour l’Association des médecins et médecins-dentistes, après la réunion quadripartite, les conditions ne sont toujours pas réunies pour signer les nouvelles conventions avec la CNS. L’AMMD demande que la ministre satisfasse à ses revendications, car ce sont les promesses électorales de son parti, la CSV. Martine Deprez a donné raison à l'AMMD sur le fait que, à l’exception de la loi sur les sociétés de médecins, les points de l’accord de coalition n’ont pas encore été transcrits en texte de loi. "Ils sont en cours d'élaboration."
Une autre revendication de l’AMMD, à savoir la mise en place de nouveaux mécanismes pour fixer les tarifs, serait également prise en compte, selon la ministre. La "lettre-clé", une valeur monétaire qui, multipliée par les coefficients des actes médicaux respectifs, détermine les tarifs, joue un rôle important dans les discussions. La ministre a qualifié les négociations de "laborieuses". L’AMMD souhaiterait un "automatisme strict", tandis qu’elle-même, ainsi que les partenaires sociaux au sein de la CNS, privilégieraient un système plus "uniforme " pour tous les prestataires.
Le principe de "l’utile et nécessaire" est également critiqué par l’AMMD dans ce contexte, car, avec celui-ci, la CNS freinerait les revalorisations. Martine Deprez a reconnu que les expertises scientifiques pouvaient prendre "un moment", mais elle a souligné qu’il fallait garder la "mainmise" sur ce dont les patients ont réellement besoin.