EtudeLe coût élevé du logement provoque une fracture dans la société luxembourgeoise

Jeannot Ries
adapté pour RTL Infos
Telle est la conclusion d'Antoine Paccoud, géographe social, chercheur au LISER.
© Maxime Gonzales/ Archives RTL

La crise du logement est l’un des principaux défis du Luxembourg. Déjà plusieurs gouvernements ont été confrontés au problème que de moins en moins de personnes peuvent se permettre un logement au Luxembourg. Lors de la semaine nationale du surendettement, il a même été reproché au Luxembourg d’exporter la pauvreté au‑delà de ses frontières.

Le ministre du Logement, Claude Meisch, ne contredit pas cette affirmation

‘’Si nous voulons renforcer la cohésion sociale au Luxembourg, si nous voulons continuer à progresser sur le plan économique, nous devons aussi pouvoir garantir un logement à chacun. À ceux qui ont les moyens, à ceux qui disposent de revenus moyens, mais aussi à ceux qui ont un portefeuille plus modeste. Une société a besoin de tout le monde."

C’est une réalité amère

Non seulement les prix élevés de l’immobilier à l’achat, mais aussi les loyers que les habitants doivent payer au Grand-Duché contribuent au fait que tous ceux qui travaillent, ne peuvent plus de facto vivre au Luxembourg. Pour Antoine Paccoud, géographe social au sein de l’institut de recherche LISER, il est déjà trop tard.

La société luxembourgeoise est divisée

‘’On sait que les personnes qui ont les revenus les moins élevés, donc dans les 20 % avec les revenus les moins élevés, payent presque la moitié de leur revenu en moyenne pour leur logement. On sait aussi, par exemple, que la composition du ménage affecte beaucoup les difficultés par rapport au paiement des coûts du logement. Avec les familles monoparentales et les personnes seules beaucoup plus affectées que les couples qui peuvent mutualiser.‘’

Une autre fracture

Ensuite, il y aurait une autre fracture, selon que l’on soit né au Luxembourg ou non, avec en plus une différence entre les personnes citoyennes de l’Union européenne et celles originaires d’un pays tiers. Les ressortissants de pays tiers sont tenus, dans le cadre de leur autorisation de séjour, de trouver un logement sur le territoire luxembourgeois. Pendant ce temps, des citoyens de l’UE, mais aussi de plus en plus de Luxembourgeois, quelque 15. 000 personnes qui ne peuvent plus faire face au coût élevé du logement, déménagent dans la Grande Région en tant que "frontaliers atypiques".

‘’Donc la pauvreté, comme je le dis peut-être de manière un peu provoquante, mais une part de l'exclusion sociale est exportée vers les pays voisins et n'est donc plus considérée comme existante au Luxembourg", selon Antoine Paccoud.

La réaction du ministre du Logement, Claude Meisch: ‘’Je pense que nous faisons face à un grand défi au Luxembourg : rendre le logement abordable pour tout le monde. Cela concerne aussi bien le marché locatif, où nous devons disposer de davantage de logements sociaux publics, de logements abordables, et nous y travaillons — que l’accession à la propriété. Les situations actuelles montrent toutefois que nous avons bien sûr besoin aussi de possibilités permettant à celles et ceux qui disposent, disons, d’un revenu normal ou moyen de pouvoir se permettre un logement, même de pouvoir acheter. Or, ce n’est pas le cas aujourd'hui pour tout le monde. Les banques sont devenues réticentes, les prix restent relativement élevés et, avec la situation internationale actuelle, nous craignons également une nouvelle hausse des taux d’intérêt."

Il existe plus d'une solution

C’est ce qu’a déclaré le ministre du Logement lors de la visite du quartier Metzeschmelz, où des logements abordables doivent également voir le jour. Pour relever ce défi, il faudra associer, outre les pouvoirs publics, les promoteurs privés, selon Claude Meisch. Chacun devra assumer ses responsabilités. Le ministre a rappelé qu’en 2025, le gouvernement a investi dans la construction de logements abordables un montant deux fois supérieur à l’année précédente.

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