
Après un premier signalement pour des heures majorées non payées, l'ITM a reçu un nouveau témoignage pour dénoncer les conditions de travail chez Amazon.
Alors qu'un employé avait assuré en août ne pas avoir été payé pour ses heures de travail effectuées lors de la Fête nationale, jour férié et donc mieux rémunéré, un nouveau signalement pointe du doigt des arrangements avec les heures de travail. Il serait notamment attendu des employés qu'ils effectuent "toutes les heures nécessaires" à leur travail, même en cas de dépassement de la durée légale de 40h par semaine. Une organisation floue qui laisse une part d'incertitude alors que la loi exige pourtant un plan d'organisation du travail, des périodes de références et des horaires mobiles.
L'auteur du signalement avance notamment la nécessité de participer à des réunions en ligne avec d'autres entités aux États-Unis, en dépit du décalage horaire parfois incompatible avec une journée de travail classique au Luxembourg. “Ces interactions imposent structurellement des réunions tard en soirée pour s’aligner sur leurs fuseaux horaires, rendant toute déconnexion à 17 h 30 incompatible avec les exigences opérationnelles" écrit-il.
Les nombreuses opérations commerciales du spécialiste du e-commerce ajoutant encore une charge de travail supplémentaire sur ses salariés. "Deuxièmement, lors des grands événements commerciaux d’Amazon — Prime Day, Spring Deals, Prime Big Deal Days, Black Friday — les salariés sont systématiquement amenés à travailler jusqu’à tard dans la nuit et à reprendre tôt le lendemain matin. Ces périodes de pic sont prévisibles et récurrentes — elles ne constituent pas des situations exceptionnelles mais un élément structurel du calendrier annuel d’Amazon.”
L'auteur du signalement pointe donc du doigt la fatigue générée par cette organisation et le déséquilibre qu'elle provoque sur la vie privée des employés. “Ce système a des conséquences humaines réelles et durables. Des journées qui s’étendent régulièrement au-delà de 20h00 ou 21h00, des nuits écourtées avant une reprise matinale, des week-ends consacrés à rattraper le retard accumulé — tout cela ne laisse que peu de place à une vie de famille normale, à la récupération physique ou au maintien d’un équilibre personnel élémentaire.”
Ainsi, il est rapporté des cas de "situations d'épuisement" et des "difficultés personnelles" vécues au sein de l'entreprise et générées par les conditions de travail.
L’auteur du signalement a estimé que le nombre d’heures supplémentaires accumulées au cours des 38 semaines précédant la mi-septembre atteignait 177 heures. Soit environ l’équivalent d'un mois de travail accumulé en plus du temps travail légal.
Par ailleurs, la majoration due pour avoir travaillé le jour de la Fête nationale, à l’occasion du Prime Day, n'aurait toujours pas été versée à cette personne.
Dans ce contexte, la question s’est posée de savoir si les salariés ayant travaillé ce jour-là étaient considérés comme des cadres supérieurs, catégorie qui ne bénéficie pas des majorations prévues pour les heures supplémentaires ou le travail les jours fériés. Selon l’auteur du signalement, plus de la moitié des employés (54%) seraient classés comme "cadres supérieurs" selon un système interne à Amazon. Cette classification ne respecterait toutefois pas les critères légaux requis pour l’octroi de ce statut encadré au Luxembourg.
Amazon n’a pas répondu aux questions de RTL concernant le nombre de salariés ayant travaillé le jour de la Fête nationale, le versement éventuel de la majoration de 300 %, l’existence d’un système de déclaration et de compensation des heures supplémentaires, ou encore d’une procédure conforme à la loi pour désigner les cadres supérieurs.
L'entreprise a toutefois fourni une réponse généraliste n'évoquant aucun des sujets abordés ci-dessus.
"Amazon s'engage à créer un environnement de travail positif et une culture de bâtisseurs et d'innovateurs, où les employés peuvent développer leurs compétences et faire évoluer leur carrière. Nos employés peuvent travailler depuis plusieurs sites et gérer librement leur temps entre travail individuel, collaboration et pauses. En 2026, pour la troisième année consécutive, Amazon a été reconnu comme Top Employer au Luxembourg par le Top Employers Institute, une référence mondiale en matière de certification RH. Parmi tous les Top Employers au Luxembourg, Amazon s'est classé premier en 2025 et en 2026."
Selon Amazon, les employés qui se sont portés volontaires pour travailler le 23 juin ont bénéficié d’une compensation conforme à la législation. Une affirmation qu'il convient de prendre au mot tant que l'ITM ne constate pas de manquements.