Frieden sous les huées L'OGBL réclame un "new deal" et va mettre la pression

Maurice Fick
Le Premier ministre a été copieusement hué par les militants de l'OGBL en arrivant à neimënster dans le Grund ce 1er mai. Nora Back, la présidente du syndicat, dénonce un gouvernement "anti-salariés" et réclame un "revirement politique en faveur des gens qui travaillent". Elle a promis de ne plus lâcher la pression, y compris dans la rue, "jusqu'en octobre 2028".
© Domingos Oliveira

Changement de décor, changement radical d'accueil. Alors qu'une heure plus tôt, il était en territoire conquis sur les bords de la Moselle où le LCGB fêtait le travail sous tente, le Premier ministre a été accueilli sous les huées par les militants remontés sur le parvis de l'abbaye neimënster où l'OGBL fêtait pour la vingtième fois cette année, le Travail et les Cultures.

Droit dans ses bottes, Luc Frieden ne s'est pas dérobé et s'est pointé face aux mécontents, expliquant au micro que "nous sommes dans une démocratie , y compris une démocratie sociale. Nous sommes dans un pays libre, donc c'est tout à fait légitime que les gens expriment leur point de vue". Le sourire embarrassé, le Premier ministre a expliqué combien il est "essentiel pour le gouvernement de garder les emplois. Notre politique économique et sociale a pour objectif d'avoir un maximum d'emplois bien rémunérés".

Nora Back, un peu gênée à cet instant, n'y était pourtant pas allé avec le dos de la cuillère lors de son discours fleuve face à un parvis de neimënster presque bondé, sous un soleil inhabituellement chaud pour cette période. "Depuis deux ans et demi, nous sommes confrontés au gouvernement le plus anti-salariés de ces dernières décennies", a lancé la présidente du premier syndicat du pays. Piochant allègrement dans une liste de mesures qu'elle connaît par cœur où figurent "la dégradation unilatérale de nos pensions", la "libéralisation de notre travail du dimanche" ou encore la "remise en cause continue de la représentativité des syndicats".

Pour Nora Back, c'est clair, le gouvernement CSV-DP a choisi son camp. Celui "du grand capital, du patronat et des requins de l'immobilier". Et ce camp "piétine les 70.000 travailleurs au salaire minimum et leurs familles".

L'OGBL a choisi celui "des 25.000 personnes qui sont descendus dans la rue l'an passé", un atout brandi a plusieurs reprises dans son discours. Ce camp est celui de "ceux qui se lèvent tous les matins et qui vont travailler pour gagner leur croûte" et qui "jour pour jour, créent la richesse de ce pays". Mais ce pays "n'est plus depuis longtemps l'île de la chance que le Luxembourg était une fois", a lâché Nora Back.

"Nous sommes plus forts que jamais"

Et si "Luc Frieden et sa bande ont cru qu'ils pourraient nous achever, ils ont précisément atteint le contraire!" a lancé Nora Back. Car "nous sommes plus forts que jamais aujourd'hui" a-t-elle assuré, en soulignant que "seul un front commun, fort et puissant pouvait stopper ce gouvernement". OGBL et LCGB pèsent ensemble 125.000 membres dans un pays qui compte 494.000 salariés et dont un sur deux est frontalier. Soit près d'un salarié sur quatre.

Dans un pays en crise -et pas seulement depuis qu'a éclaté la guerre au Moyen-Orient- où le manque chronique de logements "n'est rien d'autre qu'une défaillance de l'État" "depuis vingt ans", Nora Back réclame "un new deal pour le Luxembourg". "Nous revendiquons un changement de cap politique ! Il faut un revirement politique en faveur des gens qui travaillent et de leurs familles". Et elle prévient d'emblée, avant les premières discussions avec le gouvernement en vue de la Tripartite qui démarreront dès le 6 mai: "On ne va pas dans la tripartite juste pour des miettes, mais pour un changement structurel" et pour qu'émerge enfin "une nouvelle vision politique pour le Luxembourg". Car "c'est lors de crise comme celle-ci que se décide à quoi le pays doit ressembler à l'avenir", lance -t-elle aux décideurs politiques.

Et comme le salaire social minimum "ne permet pas de vivre aujourd'hui au Luxembourg", l'OGBL demande, pour commencer "une augmentation structurelle du salaire minimum de 300€". Un salaire minimum duquel on peut vivre en travaillant 40 heures par semaine pour un patron, "c'est le minimum absolu", pour l'OGBL. Au patronat qui s'y oppose, elle rétorque que "jamais encore une entreprise a fait faillite parce qu'elle devait payer correctement ses salariés".

Le ton est donné et comme "ce gouvernement ne nous entend que lorsque nous allons dans la rue", toute une série d'actions syndicales sont d'ores et déjà programmée. À commencer par le 12 mai lorsque démarrera une campagne ciblant le salaire minimum. "Nous descendrons aussi souvent dans la rue que nécessaire. Jusqu'en octobre 2028", prévient Nora Back le Premier ministre et son gouvernement. La tripartite n'a pas démarré, mais la cocotte est déjà sur le gaz.

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