
"Il n’en est pas sorti grand-chose”, tel était le constat amer des deux présidents de l’Union des syndicats mardi soir. Dans la salle de conférence d’un hôtel à Dommeldange, Nora Back, présidente de l’OGBL, et Patrick Dury, président du LCGB, ont partagé avec quelque 500 membres de leurs syndicats la manière dont ils ont vécu la première entrevue de coordination préparatoire à la tripartite de juin, qui avait eu lieu un peu plus tôt dans l'après-midi.
“Le constat est que, aujourd’hui, ce n’était pas bon”, a déclaré d'emblée Nora Back. Le gouvernement et le patronat étaient uniquement focalisés sur les questions économiques : la compétitivité, la productivité, les prix de l’énergie. Des gens, il n’en a pas été question. Pourtant, une crise sociale existe depuis longtemps, qui pourrait déjà être qualifiée d’état d’urgence sociale, selon la présidente de l'OGBL. Et Nora Back d'évoquer la pauvreté, les travailleurs pauvres et les personnes qui ne peuvent plus se permettre un logement. Il ne doit pas y avoir une tripartite où l’on se contenterait de décider un plafonnement des prix de l’énergie et de rafistoler, selon elle.
C’est pourquoi les syndicats étaient venus à la réunion avec deux grands sujets, souligne Patrick Dury : la sécurisation des moyens d’existence des salariés du secteur privé et le pouvoir d’achat. Un volet important en cette matière est l’augmentation du salaire social minimum, qui devait à l’origine être le thème de ce rassemblement à Dommeldange de l’Union des syndicats, avant que la réunion préparatoire à la tripartite ne soit fixée à cette même date. Selon les dirigeants syndicaux, le gouvernement et le patronat tentent constamment de présenter les syndicats comme s’ils abusaient en réclamant une hausse de 300 euros du salaire minimum. "Comme si cela allait ruiner l’économie. Comme si cela n’était jamais suffisant pour nous", a dit Nora Back. Comme si l’on en voulait toujours plus. Pourtant, ces 300 euros de salaire minimum seraient intégralement réinjectés dans l’économie et non utilisés pour spéculer. Ce sont les ultra-riches qui n’en ont jamais assez, a-t-elle poursuivi.
Les syndicats souhaiteraient élargir au maximum les discussions dans le cadre de la tripartite. Il faudrait aussi discuter du logement et de la sécurité sociale, selon eux. "Je veux mettre en garde dans ce pays contre le fait de mener à une situation où les gens ne peuvent plus se permettre des soins de santé", a déclaré Patrick Dury. Il a souligné que les relations avec le gouvernement restent, même après les dernières réunions, au plus bas. Il n’est pas question d’un échange sur un pied d’égalité. "Tant sur le salaire minimum que sur le travail via plateformes, la décision du gouvernement était arrêtée dès le départ. Des négociations sont organisées avec nous pour la forme", s’est emporté Patrick Dury.
Le gouvernement aurait tenté d'écarter les syndicats et de les discréditer. Des sondages récents montrent toutefois que deux tiers des personnes interrogées considèrent les actions syndicales importantes. "Nous descendrons dans la rue et manifesterons aussi longtemps et aussi souvent que nécessaire, jusqu’à ce que ce vent néolibéral et les idées entièrement néolibérales de ce gouvernement cessent. Jusqu’à ce que nous obtenions un changement d’orientation politique. Jusqu’à ce que les travailleurs et les familles soient à nouveau pris au sérieux", a assuré Nora Back. Si aucun accord n’est trouvé lors des négociations tripartites, ils redescendront dans la rue, a affirmé Patrick Dury, se disant toujours prêts à négocier, mais refusant de se laisser mener en bateau.
Les discours des deux leaders syndicaux ont été salués par de nombreux applaudissements et des ovations debout.
La CGFP avait déjà réagi mardi en fin d'après-midi à la réunion tripartite préliminaire et demandé des allègements fiscaux temporaires rapides pour les citoyens. Se référer à la réforme fiscale annoncée, comme le fait le gouvernement, serait insuffisant, car la crise actuelle nécessite des réponses rapides et à court terme, selon le syndicat de la fonction publique. Ces réponses incluraient également un ajustement immédiat du barème fiscal à l’inflation, ce qui serait depuis longtemps nécessaire, d'après la CGFP.