9/11 selon Denis ScutoLa guerre contre le terrorisme a installé un "ordre mondial injuste"

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
Invité vendredi matin sur RTL, l’historien Denis Scuto, professeur au Centre for Contemporary and Digital History de l’Université du Luxembourg, est revenu sur l’impact durable des attentats du 11 septembre 2001. Selon lui, cette journée a profondément transformé la perception que l’Occident avait de sa propre sécurité.
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Il rappelle que les années 1990, marquées par la chute du Mur de Berlin et la fin du monde bipolaire, avaient nourri un sentiment d’optimisme en Europe et aux États-Unis. Les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone ont brutalement montré que ces sociétés n’étaient pas à l’abri du terrorisme. Elles ont aussi révélé la fragilité des démocraties et de leurs libertés.

Pour Denis Scuto, le choc de 9/11 s’explique en partie par cet optimisme né de la fin de la guerre froide et du dynamisme économique de la décennie.

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L’historien estime toutefois que 1989 reste une rupture historique encore plus importante que 2001. L’espoir d’un monde plus stable ne s’est jamais concrétisé. De nouveaux conflits ont émergé: guerres civiles, affrontements entre États, montée d’acteurs non étatiques comme Al-Qaïda, et une instabilité internationale difficile à maîtriser. Il souligne que les guerres contemporaines ne se gagnent plus: "Elles remportent peut-être des batailles, mais pas des victoires. On l’a vu au Vietnam, où les États-Unis n’y sont pas parvenus, ou lors de la guerre en Irak. Et aujourd’hui, on le voit dans le conflit mené par Trump contre l’Iran."

Le "War on Terror" (guerre contre le terrorisme, NDLR) lancé après les attentats constitue, selon lui, un tournant majeur. L’intervention en Afghanistan pouvait encore sembler compréhensible, puisque le régime en place offrait un refuge aux terroristes. Mais la suite a ouvert la voie à des opérations militaires dépourvues de justification solide, notamment l’invasion de l’Irak sur base de mensonges concernant des armes de destruction massive. Denis Scuto regrette que la lutte contre le terrorisme ait été pensée presque exclusivement à travers le prisme militaire, alors qu’il aurait fallu y associer des réponses diplomatiques, politiques et économiques.

L’une des conséquences les plus graves de cette stratégie est l’émergence d’un "ordre mondial injuste". "Cela signifie que, dès le départ, nous avons assisté à des violations massives du droit. L’Occident, qui se réclame des droits humains et des libertés fondamentales, a introduit la torture", explique-t-il.

Il cite notamment les pratiques à Guantanamo, mais aussi dans des prisons secrètes en Pologne ou en Jordanie. "Il y a eu une impunité totale pour ces actes illégaux et contraires aux droits humains. Cette impunité s’est amplifiée jusqu’à atteindre un sommet en 2025 sous Trump."

Pour Denis Scuto, la principale leçon de 9/11 est claire: les sociétés ne deviennent ni plus sûres ni plus vivables en violant les droits fondamentaux ou en désignant des ennemis. Le progrès passe par le renforcement des institutions et des droits: "Au XIXe siècle, les droits individuels ont été introduits. Au XXe siècle, les droits sociaux et les droits des minorités. Et au XXIe siècle, il faut renforcer le droit international, respecter la planète et avancer sur le climat. Autrement dit, faire exactement l’inverse de ce qu’a produit 9/11."

Il rappelle enfin que les États-Unis ont longtemps été un allié essentiel pour l’ordre international. "Les États-Unis sous Trump ont déclaré la guerre à la planète. C’est la réalité", affirme-t-il.

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